Argumentaire pour un vrai moratoire et une mobilisation citoyenne (texte complet)

Comme vous le savez sûrement, plusieurs citoyens demandent un moratoire pour arrêter l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Voici quelques-unes des raisons qui justifient cette demande.

1-La technologie de forage et d’extraction  du gaz

Les compagnies gazières ont toujours affirmé qu’il n’y avait pas de danger parce que les gaines de puits étaient sécuritaires.

Mais, savez-vous que :

Au Québec 19 puits sur 31 ont des fuites de méthane.

Le méthane est un gaz qui pollue de 21 à 25 fois plus que le charbon ou le pétrole.

La fuite du puits de La Présentation près de St-Hyacinthe dure depuis plus de deux mois et la compagnie Canbriam ne l’a pas encore colmaté et ce, sans compter les 18 autres têtes de puits sur le territoire du Québec qui ont des fuites importantes de méthane.

(La Presse  17-01-2011)

2-L’eau utilisée pour l’extraction du gaz

Les compagnies ont toujours dit qu’elles récupéraient au moins de 35 à 50% de l’eau utilisée pour forer un puits.

Mais, savez-vous que :

Pour forer chaque puits, les compagnies vont utiliser au moins 2 millions de litres d’eau et, si elles rencontrent des difficultés, le nombre de litres d’eau ira en augmentant.  Il est aussi prévu que les compagnies doivent re-stimuler jusqu’à 8 fois chaque puits.  Alors, au Québec, on prévoit forer en 20 ans, jusqu’à 20,000 puits. Si vous faites la multiplication minimale, soit 20,000 puits X 2 millions de litres d’eau, ça donne 40 milliards de litres d’eau utilisés par les compagnies qui peuvent re-stimuler le même puits (le faire repartir) au moins 8 fois. Si vous faites cette multiplication en incluant toutes les re-stimulations probables, c’est-à-dire 20,000 puits X 16 millions de litres d’eau, cela donne un total de 320 milliards de litres d’eau !  Les compagnies n’ont jamais précisé où elles allaient prendre cette eau.

Et, le ridicule ne tue pas… encore.

Mais, savez-vous que :

Les compagnies vont payer $2.50 le million de litres d’eau utilisée !

(Sources : Sarah Shirley, attachée de presse du ministre de l’Environnement, Pierre Arcand)

Régys Caron,  Journal de Montréal-   17/11/2010)

Si vous ne croyez pas que les chiffres mentionnés ici sont exacts, faites le calcul vous-mêmes. Rappelez-vous que les forages de puits se font dans la région la plus peuplée du Québec, celle de la Vallée du St-Laurent qui est aussi le garde-manger du Québec.  Or, il n’y pas d’agriculture ou d’élevage sans eau, n’est-ce pas ?

(Mémoire de Pierre Brazeau présenté au BAPE le 16-11-2010, DM30, 16 pages)

3-Le gaz de schiste et les produits chimiques

Un des points névralgiques de cette filière énergétique réside dans la fracturation du schiste qui exige beaucoup d’eau, mais aussi beaucoup de produits chimiques.

Mais, savez-vous ce que ça prend pour fracturer la roche de schiste et extraire le gaz ?

À l’aide d’un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques, on fractionne la roche afin de relier entre elles les petites poches de gaz  pour en permettre la sortie.

On utilise: un fluide composé de :

  • 90% d’eau,

9,4 % de sable (pour maintenir les fractures ouvertes)

  • 0,6 % de 200 produits chimiques et de métaux lourds.  Par exemple, s’ils sont  mélangés à 12 millions de litres d’eau, cela donne 72,000 litres de chaque  mélange de produits chimiques (acide chlorhydrique, isopropanol  sans couleur et inflammable, cadmium, arsenic, etc.)  
  • Au moins 50% de ce mélange d’eau et de produits chimiques restera dans la terre et risque de migrer au fil des années vers les nappes phréatiques et les puits de surface.

(Québec science, nov. 2010, p.21)

Selon Alfred Jaouich, professeur en sciences de l’environnement à l’UQAM, «  plusieurs de ces substances sont potentiellement cancérigènes. Elles ont beau être diluées dans l’eau, quand on injecte des millions de litres de liquide dans le sol, on se retrouve avec des tonnes de produits chimiques !»  Claude Viau, professeur à l’Université de Montréal affirme dans 10 millions de litres d’eau mélangés à de la polyacrylamide donne 4,8 tonnes pour ce seul produit.

(Québec science nov. 2010, p 22)

(Les années lumières 19 septembre-2010)

4- Le gaz de schiste et l’économie ou Qu’en est-il de l’aspect économique?

Est-ce aussi rentable que le gouvernement et les  compagnies le disent ? 

Vous avez sûrement entendu dire de la bouche même de la ministre Normandeau que l’exploitation des gaz de schiste va rapporter $230 millions dans les coffres du gouvernement et que cet argent pourra sauver les programmes sociaux et de santé.  De plus elle affirme, mais sans déposer d’études indépendantes, que cette industrie va créer au plus fort de sa production 7,000 emplois au Québec, mais elle ne dit pas que ces emplois sont occasionnels et ne durent que de 3 à 4 semaines.

Alors, qu’en est-il vraiment ? Quels sont les vrais chiffres ?

Selon le professeur Jean-Thomas Bernard (Université Laval), le Québec retirera au maximum 120 millions/an (64 millions en impôt sur les bénéfices et 56 millions sur les redevances) calcul à 15% du taux de  redevances et de 1,000 à 1,500 emplois au maximum de l’exploitation.  On est loin du pactole espéré. (source :Hélène Baril, La Presse 26-10-2010)

Même les nouvelles orientations du gouvernement concernant les redevances (5% à 35% par puits et selon sa production) ne changeront presque rien à cause des petits cadeaux du gouvernement aux compagnies gazières en phase d’exploitation, tel un 15% de crédits d’impôt non remboursables sur les bénéfices nets.

Pierre Lefebvre, de la firme Sécor, qui fut engagé par l’Association des pétrolières et gazières du Québec pour faire une étude de rentabilité, a affirmé qu’au maximum de la phase d’exploration 5,000 emplois seront créés, mais ces emplois seront occasionnels et ne dureront que de 3 à 4 semaines. De plus, a-t-il ajouté, presque personne ne travaillera à la phase d’exploitation, sauf ceux qui auront à tondre la pelouse à toutes les deux semaines. (Huis Clos, Télé-Québec 05-11-2010)

L’industrie du gaz est-elle vraiment rentable pour le Québec ?

Soulignons que le prix du gaz est actuellement très bas sur le marché à cause d’une surproduction mondiale. Selon ce même Pierre Lefebvre de la firme Sécor, l’exploitation des gaz de schiste va rapporter en 10 ans, 3 milliards pour le gouvernement sur 200 milliards de bénéfices pour les compagnies et ce, sans compter les déductions suivantes :

-  réduction ou dégrèvement des impôts (de 15 % à 40% sur les bénéfices);

-  coût de dépréciation des équipements d’exploration;

-  coûts administratifs (recherche, contrats et contestations judiciaires, etc.)

-  coûts sanitaires (voir: effets des produits chimiques);

-  coût de l’adaptation des équipements des municipalités pour le traitement des eaux et des boues;

-  réfection des routes;

-  réhabilitation ou remise en état des sites de forage;

- etc.

(Huis Clos, Télé-Québec, 05-11-2010)

Saviez-vous aussi que :

De 2002 à 2009, 14 entreprises minières n’ont versé aucun droit minier alors qu’elles cumulaient des valeurs brutes de production annuelle de 4,2 milliards ?

Les minières ont fait 17 milliards de bénéfices et n’ont payé que 1,5% de redevances, ce qui correspond à 300 millions, tout en recevant du gouvernement 600 millions en dégrèvement d’impôt. Va-t-il se produire la même chose qu’avec les compagnies minières ?

(Source: Rapport 2009 du Vérificateur général du Québec)

De plus, les 345 sites miniers ont été abandonnés par les compagnies minières et ces sites relèvent maintenant de l’État. Les Québécois devront payer la note de 264 millions pour la restauration des sites.

(Source: Le Devoir, 12-08-2010)

Est-ce vraiment rentable?

Selon une étude de l’Association des pétrolières et gazières du Québec, pour 100 pieds cube de gaz vendus à $5.00 en Louisiane, les compagnies reçoivent un revenu de $3.38 une fois leurs dépenses déduites.  Au Québec, pour le même 100 pieds cube vendu $5.00, les compagnies recevront $5.12.  « Ça veut dire que, non seulement ça ne leur coûterait rien pour extraire le gaz, mais qu’en plus le contribuable québécois ajouterait  un  bonus de 12 cents à chaque 100 pieds cube extrait chez nous. Ça veut donc dire que ce 12 cents, c’est une sorte de crédit d’impôt remboursable qui vient du gouvernement. Donc, la compagnie va faire plus d’argent que la valeur du gaz extrait.

(Source : JE  à TVA, 02-04-2011)

Qui se moque de qui?

Saviez-vous que

Le gouvernement libéral a vendu les permis d’exploration à 10 cents ($0,10) l’hectare. La Compagnie Molopo (Australienne) a acheté 900,000 hectares au coût total de $90,000. Maintenant, l’hectare vaut $575.  Donc, si demain matin la compagnie vendait ses permis d’exploration, elle ferait un profit de 500 millions. Imaginez l’addition des profits des compagnies telles que Junex, Gastem, Canadian Forest Oil, etc.  Ça c’est du beau pactole!  Et ce n’est pas fini.

Et par-dessus le marché!

Tous les «claims» ou droits d’exploration sur le territoire québécois appartenaient à Hydro-Québec, donc à l’État québécois ?  Et l’État c’est nous.  Mais en 2007, le gouvernement libéral a démantelé la filière d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures pour tout vendre à l’entreprise privée (recherche, expertise, document, etc.), et ce, pour des «peanottes»  si l’on en juge par les permis vendus à 10 cents l’hectare pour le gaz de schiste.

Depuis ce temps, que s’est-il passé ?

On a appris que l’île d’Anticosti peut receler jusqu’à 30 milliards de barils de pétrole de shale. Actuellement, le baril brut de pétrole se vend à plus de $100.  Donc, faites le calcul et vous verrez qu’on a donné un énorme cadeau, voire un trésor, à l’entreprise privée.  N’est-ce pas ce cadeau à la compagnie Pétrolia (compagnie québécoise) qui  aurait pu régler la dette du Québec ?  Ce cadeau aurait pu sauver et améliorer tous les programmes sociaux et de santé que les Québécois auraient pu se donner ! La ministre Normandeau et les compagnies vous diront qu’elles ignoraient que l’ile d’Anticosti recelait autant de pétrole.  Cette déclaration est complètement fausse ! La plupart des ingénieurs qui travaillaient dans la filière d’Hydro-Québec ont quitté celle-ci pour former la compagnie Pétrolia. Ces gens connaissaient donc le potentiel du gisement de pétrole dans l’île d’Anticosti.

Croyez-vous que l’exploitation de nos ressources naturelles (gaz de schiste) restera dans les mains de petites compagnies québécoises ?

Écoutons ce que monsieur Raymond Savoie, président de Gastem et ex-ministre libéral, a dit à ce propos à l’émission RDI-économie du 25-10-2010 : « Je ne peux pas vendre actuellement la compagnie aux grandes pétrolières (Exxon, Shell, Suncor, PétroCan ou autres) parce que le projet de l’exploitation du gaz n’est pas assez avancé, mais peut-être pour 2011-2012 ».

Comment qualifier cette déclaration ?  Nous laissons cela à votre propre jugement.

Ce qu’on peut affirmer :

Le gouvernement libéral privatise les profits et socialise les pertes ou les dégâts qui seront payés par les citoyennes et les citoyens du Québec.

Allons-nous, encore une fois, laisser brader les richesses naturelles qui nous appartiennent ?

5-Le gaz de schiste et la santé

Un rapport, commandé par le ministère de l’environnement à l’Institut National de Santé Publique, a été publié en janvier 2011. Ce rapport fait état des problèmes de santé publique constatés en Pensylvanie et ailleurs, là où de très nombreux puits de gaz ont été forés et exploités : augmentation des allergies, des cancers, des maladies respiratoires et de peau liée à la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Le cocktail chimique déversé dans le sous-sol se retrouve dans les bassins de décantation à ciel ouvert (émanations) et dans le sous-sol (infiltration). Le méthane et le radon, jusqu’à présent enfermés dans le sol, multiplient les gaz à effet de serre et contribuent au smog qui n’est plus limité à la grande ville. De la radioactivité élevée a été décelée près des puits de gaz (source : New York Times, 26 février 2011) : comment se porteront les voisins de ces puits ? Ces éléments chimiques souvent cancérigènes vont contribuer à alourdir le bilan de santé des citoyens et, conséquemment, la facture des services de santé du Québec.

La santé mentale des gens risque aussi d’être affectée par le bruit incessant, la lumière omniprésente, la dégradation des paysages, la menace à leur intégrité physique et la perte de jouissance de la vie chez les citoyens habitant les zones envahies par les puits de gaz. L’insécurité matérielle résultant de la baisse de la valeur des habitations et du refus des compagnies d’assurance de couvrir les dégâts causés par l’industrie ne fera que provoquer des malaises profonds chez plusieurs personnes.

6-L’industrie du gaz dans une région agricole

Savez-vous que :

-  l’agriculture dans la Vallée du St-Laurent rapporte annuellement environ 700 millions à Québec ?

-  quil est essentiel pour les Québécois de ne pas devenir entièrement dépendants des productions agricoles étrangères ?

- que le tourisme agricole demeure une bonne source de revenus dans la Vallée du St-Laurent ?

Le développement du gaz de schiste risque d’altérer pour longtemps tous nos beaux paysages de notre pays le Québec.

Conclusion

Les dangers sont trop grands et trop nombreux pour laisser faire ce qui se trame entre les compagnies de gaz et le gouvernement libéral sur notre territoire. Au nom du droit fondamental de tout humain de vivre en santé, de respirer de l’air « pur », de boire de l’eau salubre, d’habiter nos paysages, de jouir des richesses naturelles et de profiter de leurs retombées positives, il faut réagir ! L’Organisation des Nations-Unies reconnaît ce droit qu’ont paraphé les gouvernements canadiens et québécois. C’est un droit qu’il faut réclamer pour le sauvegarder !

Le simple principe de précaution commande qu’on arrête toute exploration et toute exploitation, qu’on prenne le temps de mesurer les avantages et les risques de cette industrie centrée sur des énergies sales, polluantes et non renouvelables qui ne contribuent qu’à enrichir les oligarques (compagnies et leurs actionnaires) et à appauvrir les gens dans leur vie personnelle, sociale, économique et politique. Il faut absolument exiger un véritable moratoire suffisamment long pour s’informer, réfléchir et faire des choix ancrés dans l’avenir.  Ces chois peuvent s’orienter de plus en plus sur les énergies plus propres et moins polluantes tels que le bio-méthane, l’éolien, le photovoltaïque, la marée-motrice et la géothermie en excluant le nucléaire.

Que penseront nos enfants et petits-enfants de nos choix actuels ? Nous n’aurions aucune honte d’attendre que la technologie soit plus perfectionnée et que ce soit nos enfants qui en profitent, ce serait sûrement un bel héritage à leur laisser.

Nous devons sortir de notre confort, de notre indifférence et de notre passivité afin de réclamer haut et fort un vrai moratoire et un débat public sur les choix des énergies futures pour le Québec de demain.

C’est tous ensemble que nous y parviendrons !

Pierre Brazeau
Louise Langevin
Citoyen et citoyenne de Mont-Saint-Hilaire
450-467-2007

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