4- Le gaz de schiste et l’économie ou qu’en est-il de l’aspect économique?

Est-ce aussi rentable que le gouvernement et les  compagnies le disent ?

Cliquez ici pour regarder les conférences des experts réunis autour d’une table ronde à Mont-Saint-Hilaire le 15 janvier 2011 :  Jean-Thomas Bernard, R. W. Howarth, Norman Mousseau et Mario Denis.  Sur l’aspect économique les docteurs Bernard et Mousseau ont particulièrement mis en pièces les pseudo-vérités des gazières et du gouvernement.

Vous avez sûrement entendu dire de la bouche même de la ministre Normandeau que l’exploitation des gaz de schiste va rapporter $230 millions dans les coffres du gouvernement et que cet argent pourra sauver les programmes sociaux et de santé.  De plus elle affirme, mais sans déposer d’études indépendantes, que cette industrie va créer au plus fort de sa production 7,000 emplois au Québec, mais elle ne dit pas que ces emplois sont occasionnels et ne durent que de 3 à 4 semaines.

Alors, qu’en est-il vraiment ? Quels sont les vrais chiffres ?

Selon le professeur Jean-Thomas Bernard (Université Laval), le Québec retirera au maximum 120 millions/an (64 millions en impôt sur les bénéfices et 56 millions sur les redevances) calcul à 15% du taux de  redevances et de 1,000 à 1,500 emplois au maximum de l’exploitation.  On est loin du pactole espéré. (source :Hélène Baril, La Presse 26-10-2010)

Même les nouvelles orientations du gouvernement concernant les redevances (5% à 35% par puits et selon sa production) ne changeront presque rien à cause des petits cadeaux du gouvernement aux compagnies gazières en phase d’exploitation, tel un 15% de crédits d’impôt non remboursables sur les bénéfices nets.

Pierre Lefebvre, de la firme Sécor, qui fut engagé par l’Association des pétrolières et gazières du Québec pour faire une étude de rentabilité, a affirmé qu’au maximum de la phase d’exploration 5,000 emplois seront créés, mais ces emplois seront occasionnels et ne dureront que de 3 à 4 semaines. De plus, a-t-il ajouté, presque personne ne travaillera à la phase d’exploitation, sauf ceux qui auront à tondre la pelouse à toutes les deux semaines. (Huis Clos, Télé-Québec 05-11-2010)

L’industrie du gaz est-elle vraiment rentable pour le Québec ?

Soulignons que le prix du gaz est actuellement très bas sur le marché à cause d’une surproduction mondiale. Selon ce même Pierre Lefebvre de la firme Sécor, l’exploitation des gaz de schiste va rapporter en 10 ans, 3 milliards pour le gouvernement sur 200 milliards de bénéfices pour les compagnies et ce, sans compter les déductions suivantes :

-  réduction ou dégrèvement des impôts (de 15 % à 40% sur les bénéfices);

-  coût de dépréciation des équipements d’exploration;

-  coûts administratifs (recherche, contrats et contestations judiciaires, etc.)

-  coûts sanitaires (voir: effets des produits chimiques);

-  coût de l’adaptation des équipements des municipalités pour le traitement des eaux et des boues;

-  réfection des routes;

-  réhabilitation ou remise en état des sites de forage;

- etc.

(Huis Clos, Télé-Québec, 05-11-2010)

Saviez-vous aussi que :

De 2002 à 2009, 14 entreprises minières n’ont versé aucun droit minier alors qu’elles cumulaient des valeurs brutes de production annuelle de 4,2 milliards ?

Les minières ont fait 17 milliards de bénéfices et n’ont payé que 1,5% de redevances, ce qui correspond à 300 millions, tout en recevant du gouvernement 600 millions en dégrèvement d’impôt. Va-t-il se produire la même chose qu’avec les compagnies minières ?

(Source: Rapport 2009 du Vérificateur général du Québec)

De plus, les 345 sites miniers ont été abandonnés par les compagnies minières et ces sites relèvent maintenant de l’État. Les Québécois devront payer la note de 264 millions pour la restauration des sites.

(Source: Le Devoir, 12-08-2010)

Est-ce vraiment rentable?

Selon une étude de l’Association des pétrolières et gazières du Québec, pour 100 pieds cube de gaz vendus à $5.00 en Louisiane, les compagnies reçoivent un revenu de $3.38 une fois leurs dépenses déduites.  Au Québec, pour le même 100 pieds cube vendu $5.00, les compagnies recevront $5.12.  « Ça veut dire que, non seulement ça ne leur coûterait rien pour extraire le gaz, mais qu’en plus le contribuable québécois ajouterait  un  bonus de 12 cents à chaque 100 pieds cube extrait chez nous. Ça veut donc dire que ce 12 cents, c’est une sorte de crédit d’impôt remboursable qui vient du gouvernement. Donc, la compagnie va faire plus d’argent que la valeur du gaz extrait.

(Source : JE  à TVA, 02-04-2011)

Qui se moque de qui?

Saviez-vous que

Le gouvernement libéral a vendu les permis d’exploration à 10 cents ($0,10) l’hectare. La Compagnie Molopo (Australienne) a acheté 900,000 hectares au coût total de $90,000. Maintenant, l’hectare vaut $575.  Donc, si demain matin la compagnie vendait ses permis d’exploration, elle ferait un profit de 500 millions. Imaginez l’addition des profits des compagnies telles que Junex, Gastem, Canadian Forest Oil, etc.  Ça c’est du beau pactole!  Et ce n’est pas fini.

Et par-dessus le marché!

Tous les «claims» ou droits d’exploration sur le territoire québécois appartenaient à Hydro-Québec, donc à l’État québécois ?  Et l’État c’est nous.  Mais en 2007, le gouvernement libéral a démantelé la filière d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures pour tout vendre à l’entreprise privée (recherche, expertise, document, etc.), et ce, pour des «peanottes»  si l’on en juge par les permis vendus à 10 cents l’hectare pour le gaz de schiste.

Depuis ce temps, que s’est-il passé ?

On a appris que l’île d’Anticosti peut receler jusqu’à 30 milliards de barils de pétrole de shale. Actuellement, le baril brut de pétrole se vend à plus de $100.  Donc, faites le calcul et vous verrez qu’on a donné un énorme cadeau, voire un trésor, à l’entreprise privée.  N’est-ce pas ce cadeau à la compagnie Pétrolia (compagnie québécoise) qui  aurait pu régler la dette du Québec ?  Ce cadeau aurait pu sauver et améliorer tous les programmes sociaux et de santé que les Québécois auraient pu se donner ! La ministre Normandeau et les compagnies vous diront qu’elles ignoraient que l’ile d’Anticosti recelait autant de pétrole.  Cette déclaration est complètement fausse ! La plupart des ingénieurs qui travaillaient dans la filière d’Hydro-Québec ont quitté celle-ci pour former la compagnie Pétrolia. Ces gens connaissaient donc le potentiel du gisement de pétrole dans l’île d’Anticosti.

Croyez-vous que l’exploitation de nos ressources naturelles (gaz de schiste) restera dans les mains de petites compagnies québécoises ?

Écoutons ce que monsieur Raymond Savoie, président de Gastem et ex-ministre libéral, a dit à ce propos à l’émission RDI-économie du 25-10-2010 : « Je ne peux pas vendre actuellement la compagnie aux grandes pétrolières (Exxon, Shell, Suncor, PétroCan ou autres) parce que le projet de l’exploitation du gaz n’est pas assez avancé, mais peut-être pour 2011-2012 ».

Comment qualifier cette déclaration ?  Nous laissons cela à votre propre jugement.

Ce qu’on peut affirmer :

Le gouvernement libéral privatise les profits et socialise les pertes ou les dégâts qui seront payés par les citoyennes et les citoyens du Québec.

Allons-nous, encore une fois, laisser brader les richesses naturelles qui nous appartiennent ?

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