Pourquoi la demande d’un moratoire est encore pertinente ?

Constat

Le BAPE a remis son rapport le 28 février 2011. Sachant que le BAPE n’a qu’un rôle d’aviseur, donc strictement consultatif, en dernière analyse ce sera le gouvernement qui prendra les décisions politiques. En conséquence, il faut réaffirmer notre demande d’un véritable moratoire. Pour quelles raisons faut-il un moratoire ?

 

Comment on essaie de nous piéger ?

La réaction positive de certains groupes de mobilisation contre les gaz de schiste concernant les principaux avis contenus dans le rapport du BAPE me semble normale, surtout lorsqu’on s’attend au pire et qu’il ne se produit pas. Il faut se rappeler que c’est la mobilisation citoyenne qui a entraîné la création du BAPE.  Par leur engagement militant continu, les groupes écologiques et les regroupements de citoyens ont forcé le BAPE à prendre certaines libertés par rapport au mandat restreint que lui avait confié le gouvernement. Rappelons-nous que le début de la lutte initiée par l’AQLPA et le Regroupement des citoyens de St-Marc a incité d’autres citoyens à s’organiser contre l’invasion barbare de notre territoire par les compagnies gazières soutenues servilement par le gouvernement libéral du Québec. Rappelons-nous les demi-vérités, les dissimulations d’informations, l’absence de réponses des compagnies aux multiples inquiétudes des citoyennes et des citoyens. Rappelons-nous les pétitions contre le développement de cette industrie sale et polluante.  Rappelons-nous les mémoires déposés par les citoyens incrédules et en colère. Rappelons-nous les manifestations qui accompagnaient chaque séance du BAPE de St-Hyacinthe en passant par Bécancour jusqu’à Longueuil et Montréal. Rappelons-nous un fait marquant qui a sûrement joué un rôle important dans la réaction des citoyens face à l’interdiction, par le ministère du Transport, de la manifestation et les menaces de poursuite si les citoyens maintenaient leur action près du site de forage de la Canadian Forest Oil à St-Denis-sur-Richelieu. Malgré les poursuites annoncées, les comités de mobilisation de citoyens de St-Denis et de Mont-St-Hilaire ont défié l’interdiction.  Il est venu plus de 300 personnes s’opposant à une autre invasion barbare du territoire des Patriotes. Les autorités en place savaient que ce refus pacifique de soumettre aux contraintes imposées par l’interdiction du ministère du Transport pouvait produire un effet boule de neige dans tout le territoire de la vallée du St-Laurent.

Jusqu’à ce moment, les citoyens avaient été très acceptants, très gentils, mais cette merveilleuse résistance marquait le début organisé d’une nouvelle forme d’action contre la quiétude des représentants du gouvernement et contre la présence des compagnies gazières sur notre territoire. Nul ne doute que les sbires du gouvernement et des compagnies furent mis au courant. Nul ne doute que les commissaires du BAPE voyaient que ce mouvement était en marche et que personne ne pouvait l’arrêter. Alors, ils ont fait preuve d’écoute et, comme le dit si bien Dominic Champagne, les commissaires du BAPE ont eu l’audace de proposer ce à quoi l’on s’attendait le moins. Mais qu’en aurait-il été s’il n’y avait pas eu cette opposition audacieuse des groupes environnementaux et des regroupements de citoyens en lutte dans leur milieu respectif contre le développement du gaz de schiste au Québec ? Bien sûr qu’il faut souligner l’audace des commissaires, mais il faut surtout mettre en évidence le courage et la détermination des citoyennes et des citoyens dans cette lutte sur le terrain où se produisaient les dégâts de l’industrie gazière. Toutes les actions citoyennes ont manifestement influencé la perception et la conscience des commissaires du BAPE. En cela, ce fut une victoire citoyenne après des jours, des semaines, des mois de lutte. Oui, ce fut une importante avancée, mais ça ne demeure qu’une avancée et pas plus. On doit rester prudent et, surtout, éviter de se gonfler le torse face au repli factice et stratégique du gouvernement libéral. Sans vouloir jouer les rabat-joie auprès de la population, nous, citoyens militants dans cette cause, devons garder une certaine réserve car c’est ce même gouvernement qui appliquera ou n’appliquera pas les avis (recommandations) contenus dans le rapport du BAPE.

 

 

 

 

Pourquoi garder une certaine réserve ?

Lorsqu’on décortique l’utilisation stratégique que fait le gouvernement du rapport du BAPE, on s’aperçoit vite d’un possible subterfuge. Une question se pose alors : le gouvernement va-t-il utiliser dans le rapport seulement ce qui fait son affaire afin d’adoucir la grogne sociale et populaire ? Il y a un mois, j’ai affirmé que le BAPE proposera l’exploration expérimentale sur une dizaine de puits et que, pendant ce temps, Lucien Bouchard (président de l’association des pétrolières et gazière du Québec) ira négocier avec le gouvernement des compensations pour les 21 autres puits en halte temporaire.  Plusieurs ont douté de mon pronostic. Mais, que s’est-il passé lors de la conférence de presse de monsieur Arcand le 8 mars 2011 ? Sept jours après cette conférence, on rapportait dans Le Devoir du 15 mars 2011 que «l’accueil favorable par l’industrie gazière n’a pas empêché son porte-parole, Lucien Bouchard, de souligner que les compagnies gazières pourraient exiger une forme de compensation en raison des délais que cet examen scientifique leur impose». De plus, monsieur Bouchard indique que les études conduites dans le cadre de l’évaluation stratégique pourront ainsi s’alimenter des relevés effectués à la faveur d’opérations-pilotes de fractionnement, accomplies selon de strictes conditions de transparence, de monitoring scientifique et technique, d’inspection et de surveillance, et après consultation auprès des milieux concernés. Ainsi, toute l’information issue de l’étude d’évaluation environnementale stratégique (ÉES) effectuée aux frais du gouvernement, donc des contribuables du Québec, pourra être utilisée gratuitement par l’industrie gazière. Lorsque Lucien Bouchard a commenté le rapport du BAPE, il a indiqué que les compagnies gazières collaboreront à l’étude car les travaux de l’E.E.S seraient bénéfiques pour les gazières, puisqu’elles obtiendraient les données nécessaires à la poursuite de leur activité dans l’exploitation du gaz de schiste.  Quel beau cadeau du gouvernement aux gazières !

 

Comment le ministre s’y prend-il pour faire accepter l’inacceptable ?

À la mi-février, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, avait signifié qu’elle cherchait une mesure de passage entre le moratoire et d’autres propositions. Il est évident qu’elle n’a pas voulu renier son préjugé favorable envers les gazières et a tenté de sauver son gouvernement de la grogne populaire.

Lors de sa conférence de presse du 8 mars 2011, le ministre Arcand a présenté l’ÉES comme une contrainte nécessaire pour approfondir la connaissance scientifique concernant la poursuite et le développement de cette filière énergétique, même si on en sait déjà beaucoup à partir de ce qui s’est fait ailleurs (Alberta, Pennsylvanie, New-York, Colorado, etc.). Nous croyons qu’il y a assez de puits forés chez nos voisins du sud pour faire une étude sérieuse et scientifique. Le ministre Arcand s’en est remis à l’ÉES pour corriger la situation.  En même temps, il a repoussé du revers de la main les impacts du stress quotidien de ceux et de celles qui résident près des puits de forage. Pavlov était plus attentif à ses cobayes que ce gouvernement qui, par voie de conséquence, utilisera ces hommes et ces femmes comme des sujets d’expérimentation de laboratoires à ciel ouvert. Quelle honte ! Quel manque de compassion ! Les citoyens engagés contre le développement du gaz de schiste au Québec sont de corps, d’esprit et de coeur avec les gens qui vivent près des sites de forage. Nous comprenons leur déception, car ils ont été complètement oubliés.  Notre solidarité en paroles et en acte devra s’exprimer et s’actualiser plus fortement que jamais.

Il ne faut pas être un grand clerc pour s’apercevoir que ce simulacre de communication n’est qu’une stratégie de diversion du gouvernement, à court terme, pour acheter la paix sociale. C’est l’application systématique de la stratégie de la gradation, c’est-à-dire que, pour faire accepter l’inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement sur une durée plus ou moins longue et ce, couplée d’une diversion dont l’objectif est d’acheter la paix sociale afin de réduire la mobilisation citoyenne. Le repli stratégique du gouvernement libéral nous apparaît être une gigantesque mise en scène destinée à gagner du temps pour mieux reformuler leurs arguments afin de faire avaler le projet de développement du gaz de schiste aux Québécois. À titre d’exemple, le ministre Arcand précise que l’évaluation environnementale stratégique (ÉES) débutera vers le mois de juillet et prendra au plus deux ans. De toute façon, l’industrie gazière ne débutait pas la phase d’exploitation avant 2014. Nous savons que le prix du gaz est actuellement trop bas pour rentabiliser sa commercialisation. De plus, en prorogeant la session parlementaire, le gouvernement place sur les tablettes la modification de la loi des mines ainsi que l’adoption de la loi sur les hydrocarbures. Par conséquent, il maintient insidieusement la préséance de la loi des mines sur toutes les autres lois.  Scott McKay, du Parti Québécois, affirmait sur les ondes de RDI à Radio-Canada qu’il faudra reprendre tout le processus qui consiste à réécrire la loi et ses règlements avant de la faire adopter. Le gouvernement Charest achète du temps pour ses petits amis de l’industrie gazière. Le Ministre, dans sa grande mansuétude, a eu recours à une autre subtile stratégie. Il réfère à l’émotion et sollicite l’assentiment des citoyennes et des citoyens surtout lorsqu’il insiste sur la propreté de l’exploitation et sur la sécurité de la population. Personne ne peut s’opposer à la vertu, n’est-ce pas ? Par conséquent, nous sommes en présence de l’utilisation d’une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle et, donc, tenter de réduire le sens critique des individus. Monsieur Arcand nous a dit «on répond à vos craintes, à vos préoccupations, on propose un comité qui fera une évaluation environnementale stratégique, que voulez-vous de plus ?» Il a aussi accepté la suggestion du BAPE concernant la création d’un comité d’experts composé de scientifiques, de représentants des compagnies, des municipalités et du gouvernement. Mais, où sont les représentants des groupes écologistes ? Où sont les représentants des groupes de citoyennes et de citoyens du Québec ? Ne sont-ce pas les scientifiques, les groupes écologistes et surtout les citoyens et les citoyennes qui luttent contre le développement des gaz de schiste et qui, pour la plupart, n’ont aucun intérêt financier dans cette lutte ?

Pourquoi cette diversion ? Est-ce pour éviter un véritable débat collectif ?

Les paroles utilisées par monsieur Arcand ont fait croire que l’étude environnementale stratégique s’apparente à un moratoire «déguisé». Ce qui est complètement faux, car les compagnies pourront poursuivre les forages puisque les règles de contrôle que pourra exercer le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) sur toutes les activités de forage en phase d’exploitation ne sont pas connues ni édictées.  Seule la fracturation ne sera pas permise, sauf pour l’étude d’évaluation stratégique afin d’augmenter les connaissances scientifiques.  Alors, on continue à forer !

Le Ministre a ajouté : « nous vous avons écoutés et compris ».  Écoutez attentivement ce qu’il dit et vous constaterez qu’il conjugue très souvent ses verbes au conditionnel. Est-ce que ça indique à ses petits amis des gazières une retenue mal dissimulée ? On peut se questionner lorsqu’on connaît le copinage entre ce gouvernement et les compagnies pétrolières et gazières. Sur 55 lobbyistes, plus de 22 proviennent des filières du gouvernement libéral qui dilapide l’argent du peuple au profit des compagnies pétrolières et gazières. N’oublions pas que cette enquête du BAPE a coûté des millions de dollars pour arriver au même point que des gens expérimentés, dont madame Hogue responsable du dossier de l’environnement chez Hydro-Québec et monsieur André Beauchamp ex-président du BAPE, avaient exprimé dès le 5 octobre 2010. Pourquoi ne les a-t-on pas écoutés ? Serait-ce légitime de se demander si la complicité entre le gouvernement et les compagnies aurait contribué à planifier une partie de cette stratégie d’évitement et de déplacement du débat ?

Le BAPE, tout en faisant quelques reproches au gouvernement, le sort de l’impasse et des inepties dans lesquelles il s’était lui-même embourbé. Ne nous sentons pas obligés de qualifier de courageuse la position du gouvernement et du ministre Arcand, car l’usage qu’ils feront des avis contenus dans le rapport du BAPE servira probablement d’écran de fumée pour endormir la population. Actuellement le gouvernement et les compagnies gazières utilisent le rapport du BAPE comme moyen de confondre la population afin d’atteindre leur principal but, soit celui de réduire considérablement la mobilisation citoyenne. Ils contesteront les avis auxquels ils ne s’identifient pas. Ainsi, lorsqu’un journaliste de Radio-Canada a demandé au premier ministre du Québec sa réaction à l’information du BAPE concernant les redevances d’ailleurs et au Québec, telles qu’illustrées dans le rapport aux pages 200, 201 et 202, monsieur Charest s’est empressé de qualifier cette information de « fabulation ». C’était l’une des premières informations que la presse a fait ressortir du rapport. Le premier ministre du gouvernement libéral l’a reniée sans même en vérifier l’exactitude. Après ce déni, il est facile de présupposer que le reste des avis du rapport sera probablement tabletté pour faire place à l’ÉES comme possible opération visant à détourner l’attention et la lutte citoyenne du vrai débat sur les choix énergétiques pour le Québec. Par conséquent, il faut poursuivre la mobilisation en insistant sur les demandes justes et pertinentes du BAPE qui nous concernent directement et le refus probable du gouvernement de les appliquer.

 

 

Y-a-t-il des aspects possiblement positifs ?

Malgré notre opposition majeure à la fracturation hydraulique, puisqu’elle comporte des impacts irréversibles à l’environnement et de possibles migrations vers les puits de surface, les nappes phréatiques et les aquifères supérieures, nous croyons que le gouvernement ira de l’avant avec cette évaluation environnementale stratégique. Par conséquent, s’il y avait de l’expérimentation, il faudrait qu’elle se fasse dans les puits déjà fracturés loin des milieux habités, des zones aquifères et des bassins versants.  Les gens vivant près de puits déjà forés ne doivent pas servir de cobayes pour l’expérimentation dans des laboratoires à ciel ouvert. L’eau est essentielle à la vie, mais pas le gaz.

L’obligation déclarée, par le ministre Arcand, de faire une évaluation environnementale stratégique (ÉES) afin d’augmenter les connaissances scientifiques peut être perçue comme un premier aspect positif. Par contre, n’oublions pas que cette obligation de mise en œuvre de cette étude fut bien reçue par le gouvernement et les compagnies gazières. Monsieur Binnion, pdg de la société Questerre, l’un des plus actifs opposants aux groupes écologistes et de citoyens, affirme que l’ÉES sera une deuxième chance pour les compagnies de faire valoir leur crédibilité auprès de la population.

De plus, tout au long de cette étude (ÉES), les compagnies pourront poursuivre les forages pour l’exploration afin de vérifier le potentiel gazier du territoire, et ce, avec tous les dangers que cela comporte. Mais, n’y a-t-il pas lieu d’ores et déjà de constater qu’avec la double expérience désastreuse des puits de La Présentation et de Leclerville, nous pouvons douter de la capacité des compagnies gazières de prévenir et de corriger les dégâts environnementaux qu’elles causent? Par conséquent, il ne devrait pas y avoir de nouveaux forages puisque les compagnies ne sont pas parvenues à résoudre les problèmes déjà présents. Rappelons-nous que 60% des puits au Québec produisent des fuites de méthane que ces mêmes compagnies, ainsi que les ministres, ont tendance à minimiser. Rappelons-nous qu’il s’agit là d’une industrie en phase d’apprentissage d’une nouvelle technologie. Nos terres ne doivent pas servir de lieux d’essais et d’erreurs aux mains d’apprentis sorciers qui ont recours à des techniques mal connues et dangereuses pour tout ce qui vit. Il n’y a pas besoin d’une longue ÉES pour constater et admettre cet état de fait et les analyses devraient être concentrées sur ces puits et les autres qui ont eu des fuites (18 sur 31). Considérant que le BAPE avait eu connaissance des failles dans la technologie utilisée, pourquoi, n’a-t-il pas eu le courage de proposer un véritable moratoire au lieu d’une ÉES et ce, malgré le mandat restreint que lui avait confié le gouvernement ?

Nous savons que ce gouvernement ira de l’avant avec l’évaluation environnementale stratégique (ÉES). Nous sommes devant une promesse du ministre Arcand et devant un fait presque accompli. Par conséquent, il faut revendiquer certaines dispositions pour que l’ÉES soit la plus objective possible. Pour ce, il faut qu’elle soit suivie et validée par des représentants des groupes écologistes et des groupes de citoyens qui ont lutté sur leur propre territoire contre la menace des compagnies gazières sinon la question de l’acceptabilité sociale sera encore problématique.

 

Le deuxième aspect indique la nécessité de l’identification des eaux souterraines et des différentes failles géologiques.  Le rapport mentionne que cette identification n’est que très peu avancée et pose des problèmes importants d’évaluation des risques. Le BAPE nous rappelle que l’étude actuelle sur l’acquisition de connaissances des eaux souterraines qui ne sera complétée qu’en 2013 ne couvre que 50% des territoires visés par l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Par contre, les 6 millions sur trois ans dans le budget Bachand seront consacrés uniquement à l’inspection des installations et des puits de forage du gaz de schiste et non à la cartographie des eaux souterraines. Le rapport du BAPE avise le gouvernement que les ressources en eau prélevées par l’industrie gazière devraient être les eaux de surface et les eaux impropres à la consommation. Par contre, il faut être vigilant et exiger que le gouvernement injecte des fonds pour accélérer l’étude cartographique des eaux souterraines et insister pour qu’il mette en application l’avis du BAPE concernant le prélèvement des seules eaux de surface. Il faut également garder en mémoire l’injection de produits chimiques et de métaux lourds dangereux dans cette eau qui sera récupérée en partie seulement et traitée on ne sait comment. Oui, il y a beaucoup d’eau dans cette histoire et de l’eau pas très propre !

 

Le troisième aspect a trait au fait que le fardeau de la preuve dans toute situation problématique liée à l’exploration et à l’exploitation de gaz de schiste doit incomber aux entreprises plutôt qu’aux citoyens.  Le gouvernement va-t-il changer sa règlementation pour inclure cet avis suggéré dans le rapport du BAPE.

 

Le quatrième aspect, c’est cette pause artificielle qui obligera les groupes écologiques et les regroupements de citoyens à expliquer, à démontrer et à proposer le remplacement du gaz de schiste par les énergies alternatives.  Pour ce, il faudra que soient organisées et orchestrées des séances d’information aux citoyens dans les différentes municipalités de la vallée du St-Laurent. Dès lors, les citoyens pourront obtenir certaines réponses à cette sempiternelle question : « vous vous opposez au gaz de schiste, alors, que proposez-vous ? »  Ces séances d’information constitueront l’un des moyens qui vont contribuer à stimuler la mobilisation citoyenne pour revendiquer le remplacement des énergies sales et polluantes par des énergies plus respectueuses des gens et de leur environnement.  Plusieurs voix médiatisées déplorent le manque de projet mobilisateur au Québec. Le projet de développement des énergies renouvelables et moins polluantes pourrait combler en grande partie ce vide en y intégrant des dimensions sociales, économiques et environnementales.

 

 

Maintenant que faut-il faire ?

 

Nous savons que les compagnies gazières ont acquis des permis d’exploration à des prix ridicules.  Nous savons aussi que l’exploitation risque de se faire à moindre coût pour les compagnies, faute de réglementation drastique, ce qui leur rapporte des profits considérables sans qu’elles soient obligées de prendre en compte les coûts sociaux, sanitaires et environnementaux engendrés par cette industrie.

Nous savons aussi que les représentants et les lobbyistes engagés par les compagnies pétrolières et gazières du Québec exigeront auprès du gouvernement que les contraintes réglementaires soient évitées afin de permettre plus facilement le développement d’un marché domestique soi-disant pour réduire notre dépendance au pétrole et au gaz provenant de l’Alberta et de la Colombie-Britannique. On peut admettre que l’objectif visé peut paraître intéressant, mais qu’est-ce que cet objectif cache vraiment ? Pour qui veut-on développer cette industrie sale et polluante ? Poser la question c’est y répondre comme l’a si bien dénoncé le commissaire au développement durable du Québec en affirmant que « les pratiques du ministère (des Ressources naturelles) n’assurent pas que l’État obtienne la rente attendue ». Selon Le Devoir, le gouvernement a ménagé l’industrie en incluant dans le dernier budget un régime de redevances qui permettra aux entreprises, dans certains cas, de payer aussi peu que 2% de redevances, en plus de profiter d’un crédit pour leurs dépenses d’exploration. C’est le citoyen qui va payer, avant, pendant et après l’exploitation des gaz de schistes pour les dégrèvements d’impôts, la libération de redevances pour 5 ans, les subventions, le bruit, la poussière, l’eau polluée, le milieu gâché, l’amortissement des équipements, la remise en état des sites (si faisable), le traitement des eaux usées et des boues, la contamination des puits et des nappes phréatiques, la réparation des routes et ce, sans compter la hausse des maladies chroniques. Par conséquent, nous devons refuser que la population du Québec et son patrimoine naturel fassent les frais de l’opération selon l’adage de plus en plus évident « on privatise les profits et on socialise les dégâts et les pertes ».  Face à toutes ces possibilités de pertes, nous devons réagir.

Nous devons reconquérir notre territoire

par la réaffirmation de notre demande d’un véritable moratoire afin qu’il n’y ait aucune expérimentation sur place exigée par l’évaluation environnementale stratégique. Nous croyons qu’il y a suffisamment de puits forés chez nos voisins du sud pour pouvoir vérifier des données et tirer les conclusions qui s’imposent.

 

En s’engageant à faire du porte à porte, par une campagne auprès des agriculteurs, afin de recueillir leur adhésion écrite au formulaire intitulé «vous n’entrerez pas chez nous».

 

Par la poursuite des manifestations contre le développement des gaz de schiste au Québec et plus particulièrement sur les sites de forage existants et en devenir.

 

En exigeant que l’évaluation environnementale stratégique intègre les représentants des groupes écologiques et des groupes de citoyennes et de citoyens du Québec.

 

En trouvant un député du Parti Québécois et de Québec solidaire pour déposer une loi qui protègera le territoire québécois par l’interdiction de l’exploitation de gaz de schiste et par l’abrogation des permis d’exploration déjà existants.

 

En exigeant que ce gouvernement, qui brade nos richesses naturelles, édicte une loi rétroactive décrétant le rachat des contrats des compagnies au même prix qu’elles les ont achetés, c’est-à-dire à 10 ou à 11 cents l’hectare, afin de récupérer l’entièreté de notre territoire. N’oublions pas que le projet de développement des gaz de schiste fut élaboré et décidé en catimini entre le gouvernement libéral et les compagnies gazières, sans que le peuple du Québec en soit avisé. Le gouvernement n’est que le fiduciaire et non pas le propriétaire des ressources naturelles qui appartiennent au peuple du Québec.

 

Dans Le Devoir du 28 septembre 2010, l’auteur (A. Schields) indiquait que 74% des gens considèrent que le gouvernement fait passer les intérêts de l’industrie gazière avant ceux de la population.  Le 14 octobre, un sondage mené par Léger Marketing pour Équiterre démontrait que 76% des Québécois croient que le gouvernement devrait suspendre toute exploration jusqu’à ce que des études aient été menées sur les impacts de ce type d’exploitation. Le 25 novembre 2010, un sondage paru dans le journal Le Soleil indiquait que 80% des gens interrogés ne font pas confiance au gouvernement et ne sentent pas qu’il est impartial. Plus de 40% des Québécois n’ont plus confiance dans les compagnies gazières et ce pourcentage augmente continuellement. Lucien Bouchard et les représentants d’entreprises gazières ont eu beau se lancer dans des sorties publiques, ils inspirent de moins en moins confiance. Le sondage de Sénergie-Le Devoir du 15 février 2011 mentionne que plus de 55% des Québécois affirment désormais être « défavorables » à l’exploitation du gaz de schiste emprisonné dans le sous-sol des basses terres du Saint-Laurent. Il s’agit d’une nette progression du nombre d’opposants depuis quelques mois, puisque 37 % de la population était contre en septembre 2010. Le gouvernement va-t-il retenir ce qui fait son affaire et laisser sur les tablettes les avis qui prouvent son amateurisme et son improvisation dans la gestion de son projet d’exploration et d’exploitation des gaz de schiste au Québec ? Depuis sa conférence de presse, le ministre Arcand est retourné à ses bureaux et madame Normandeau a repris le bâton du pèlerin.  Le rapport du commissaire du développement durable, monsieur Cinq-Mars, a reproché au ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), sous la gouverne de madame Nathalie Normandeau, d’avoir erré sur toute la ligne dans ce dossier controversé ? Il lui a reproché de n’avoir procédé à « aucune analyse d’impact socioéconomique à long terme » mais d’avoir tout de même affirmé que cette filière énergétique pourrait rapporter 450 millions de dollars par année dans les coffres du gouvernement. De plus, il poursuit par une longue liste de reproches qui devraient alimenter le scepticisme des citoyens.  Il mentionne « l’arrimage non démontré entre les priorités d’action et les planifications territoriales; la mise en place tardive de mécanismes gouvernementaux de participation des citoyens; la démonstration insuffisante des bénéfices pour la société québécoise; les mesures réglementaires qui minimisent les débours des entreprises; les contrôles pratiquement inexistants du ministère des Ressources naturelles sur les travaux statutaires et les contrôles insuffisants par les ministères ». Nous ne pouvons plus faire confiance aux représentants du gouvernement qui nous ont continuellement servi des demi-vérités et des déformations de la réalité concernant le développement de l’industrie gazière.  Par conséquent:

 

Nous devons retenir les constats et les avis du BAPE et vérifier comment le gouvernement les mettra ou ne les mettra pas en application dans ses lois et dans les règlementations.

 

Il nous semble illogique et déraisonnable que le gouvernement s’oriente vers des énergies fossiles au détriment du développement essentiel des énergies renouvelables productrices d’activités économiques liées à la modération énergétique en rendant attractives et nécessaires les économies d’énergie. L’exploitation du biogaz et de la biomasse contribuerait à éliminer les objets domestiques et de construction qui se retrouvent dans les sites d’enfouissement afin d’en faire des énergies réutilisables.  Par conséquent :

 

Nous devons informer la population sur tout le potentiel et la faisabilité du développement des énergies alternatives plus propres, moins polluantes et surtout renouvelables en remplacement des énergies fossiles, sales, polluantes et non renouvelables, dont celle du gaz de schiste.

En exigeant, outre l’économie d’énergie, que l’étude environnementale stratégique compare les avantages et les inconvénients du développement du gaz de schiste avec celui des énergies propres et renouvelables telles le biométhane, le biogaz, la biomasse, l’éolien, la marémotrice, le photovoltaïque, en excluant le nucléaire, et ce, tant au niveau économique, environnemental que social.

En participant ou en organisant une tournée d’information sur les économies d’énergie et les énergies alternatives dans les principales villes de la vallée du St-Laurent.

Nous croyons qu’il est inadmissible qu’aucun débat collectif n’ait lieu sur l’orientation des choix énergétiques qui menacent nos ressources naturelles et sur la reconversion vers des énergies durables.

Depuis le dépôt du rapport du BAPE, nous avons assisté à de l’enflure verbale et à des discours de congratulations de la part des représentants du gouvernement et des porte-paroles de l’industrie gazière. Le budget Bachand concernant l’exploitation de nos richesses naturelles nous oblige à suivre de très près les gestes de ce gouvernement afin d’interrompre ce bradage de nos richesses naturelles. Nous devons rester critiques et vigilants, et réaffirmer notre exigence d’un véritable moratoire ainsi que d’un débat public sur les choix énergétiques pour le Québec de demain, car ce pays nous appartient.

Ce n’est qu’ensemble que nous y parviendrons.

 

Pierre Brazeau et Louise Langevin

Citoyen et citoyenne de Mont-Saint-Hilaire

450-467-2007

 

 

Association des pétrolières et gazières : Lucien Bouchard, président de l’APGQ, commente le rapport du BAPE sur les gaz de schiste,14 mars 2011.

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p. 95 : Rapport 2010 de la firme Mackie Research Capital Corporation.

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p.128-129-130, 228

LYNN MOORE, The Gazette March 30, 2011

Le 6 avril 2011, la compagnie Talisman croit avoir colmaté le puits de Leclercville.  Par contre, le puits de La Présentation continue à produire des fuites de méthane.

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p.224

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p.111

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p.139

Rapport d’enquête et d’audience publique (BAPE) p.188

Le Devoir, A.Schields, 5 avril 2011.

Agence QMI Taieb Moalla, 30/03/2011 19h08, un rapport dévastateur pour le gouvernement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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