Lettre d’un citoyen inquiet de la suite de l’aventure du gaz de schiste au Québec

Bonjour à vous citoyens et amis,

Il y a quelques mois, devant le danger que cela représente pour l’avenir de notre belle région et la santé de ses habitants, plusieurs citoyens dont je suis ont décidé de s’investir afin de mettre un frein au développement quasi-sauvage du gaz de schiste au Québec, particulièrement dans notre belle vallée du Richelieu, et pour obtenir du gouvernement un véritable moratoire à l’exploitation, bien sûr, mais aussi à l’exploration de cette ressource sur tout le sol québécois.

Car, il est évident que si cette question vient toucher les résidents des terres bordant le Saint-Laurent, il en est de même pour ceux vivant dans les grandes villes. En effet, même s’il y a peu de chance qu’une structure d’extraction soit construite Place Jacques-Cartier à Montréal ou sur l’Esplanade du Château Frontenac à Québec, c’est tout l’approvisionnement des villes québécoises en légumes et en produits de l’agriculture qui est en danger par la dégradation des terres agricoles et des nappes phréatiques de notre pays.

Je ne sais pas quel est votre avis sur la question ni à quelle information vous avez eu accès pour vous faire une opinion, mais j’ai eu le désir de mettre à votre disposition quelques renseignements et liens pour que vous puissiez, si vous en avez l’envie, vous informer plus en détails des faits et conséquences occasionnées par l’exploration et l’extraction du gaz de schiste sur la vie de ceux qui y sont directement exposés. Ainsi trouverez-vous à la suite de cette lettre quelques textes qui, même s’ils n’épuisent pas la question, peuvent suffire à nourrir une solide réflexion sur ce grave problème.

Si, après cette lecture, votre conviction est faite que le développement de cette ressource, en plus des dangers qu’elle représente pour l’environnement, n’est pas nécessaire à l’essor économique du Québec ou qu’au moins un moratoire est la seule décision immédiate vraiment sensée pour prendre le temps de définir les règles que les compagnies gazières devront respecter pour ne pas détruire notre environnement, vous pouvez retransmettre ce message à vos proches pour qu’ils puissent à leur tour en prendre connaissance.

Vous pouvez aussi comme certains d’entre nous l’ont fait, dont moi, exprimer votre opinion par une lettre à vos députés, provincial et fédéral, Maire et conseillers municipaux de votre ville, afin qu’ils usent de leur pouvoir politique et de leur position de législateur pour obtenir un moratoire et proposer une loi qui va réglementer plus adéquatement cette industrie.

Merci de m’avoir lu jusqu’ici, peut-être n’êtes-vous pas habitués à autant d’engagement politique et social, mais j’ai trouvé que c’était important de partager cela avec d’autres citoyens ainsi qu’avec mes proches pour qui, ma joie de vivre et mon sourire devant la vie, je garde très précieusement.

Citoyennement et amicalement vôtre,

Maxime Guignette

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Voici les titres de six capsules de réflexion concernant le développement de cette ressource:

Des commentaires? Écrivez les à

developponsdurable@yahoo.ca, il nous fera plaisir de les recevoir et d’y répondre. Pour d’autres informations sur la mobilisation entourant le gaz de schiste, consultez le site Souffle court.

La question vous importe? Aidez-nous à partager le présent courriel à volonté: faites le suivre à vos contacts!

Bonne lecture!

Et surtout, bonne réflexion!

1. GAZ DE SCHISTE – Transparent et sans précipitation?
Qu’en pensez-vous?

Ce que dit le gouvernement Charest

« Mettons que dans un monde idéal, la nouvelle loi sur les hydrocarbures est adoptée à la fin de 2011. Ça, c’est le meilleur des scénarios. Après ça, ça va prendre deux ans à Gaz Métro, pour raccorder tout cela. Puis là, on est rendu en 2014 ou 2015, avant qu’il y ait une première exploitation commerciale. Ce n’est pas une tâche précipitée. [...] » -

Pierre Arcand,

« Nous on pense, selon les données dont on dispose, que la phase commerciale va arriver quelque part en 2014 » -

Nathalie Normandeau,

Et pourtant…

« Junex commencera à produire du gaz au Québec en 2011 ou 2012 » -

Peter Dorrins, Officier en chef des opérations chez Junex, in Calgary Herald, 23 novembre 2010

« Nous sommes actuellement en négociations avec nos partenaires, parmi lesquels Gaz Métro, la société de distribution par gazoduc pour ce projet. Sous réserve des résultats finaux du programme de puits d’observation horizontal et des négociations en cours, nous prévoyons actuellement que la production de gaz pourrait commencer dès le milieu de 2011 » -

Michael Binnion, Président et chef de la direction de Questerre Energy, in Le Devoir,

Que faut-il en conclure? Que les travaux débuteront en 2011, comme l’énnonce Binnion ou en 2014, comme le dit Mme Normandeau? Dans un cas comme dans l’autre, avez-vous l’impression que l’affaire est précipitée et qu’on vous passe un sapin? Puisque tout semblait déterminé depuis août dernier, et ce même sans l’interposition du BAPE ni autre forme de consultation populaire, ni même, à la limite, la considération de nouvelles lois,n’avez-vous pas l’impression que l’action citoyenne est d’autant plus importante pour infléchir les scénarios qui semblent avoir été prémédités par l’industrie et le gouvernement Charest dans le dos des citoyens, voire sur le dos des citoyens? Question de pouvoir comparer l’avant et l’après, ne vaudrait-il pas mieux effectuer des tests nationaux et indépendants pour évaluer précisément la qualité de nos eaux avant de procéder à quelconque forage risquant de les contaminer?

2. GAZ DE SCHISTE – Une énergie propre?
Qu’en pensez-vous?

Ce que dit l’industrie

« Le gaz naturel émet 45% moins de CO

Et pourtant…

Tous les combustibles fossiles, incluant le gaz de schiste, créent des gaz à effet de serre (GES). Il est vrai que le gaz naturel issu du schiste produit moins de CO 2 lorsqu’on le brûle. Cependant, il faut aussi tenir compte des émissions de GES causées par l’exploitation et la production de ces combustibles. Dans le cas du gaz de schiste, de nombreuses sources d’émission de GES sont exclues des calculs industriels: l’émission des milliers de voyages de camions lourds remplis d’eau, de mélanges chimiques et d’autres produits, celle de l’équipement de forage, celle des génératrices, celle des forts compresseurs fonctionnant 24h/24h, etc., chacune de ces sources émettant des oxydes d’azote, un GES au même titre que le CO2, ainsi que d’autres gaz toxiques ou cancérigènes. De plus, l’exploitation et la production du gaz de schiste occasionnent des fuites considérables de méthane, celui-ci s’échappant du sol, des eaux usées et des gazoducs. Or, les impacts du méthane sur l’effet de serre sont 25 fois supérieurs à ceux du CO2. C’est pourquoi Robert W. Howarth, professeur d’écologie et de biologie environnementale à l’Université Cornell, conclut que le gaz de schiste est au moins aussi polluant en termes de GES que le charbon (Source:Robert W. Howarth, Assessment of the Greenhouse Gas Footprint of Natural Gas from Shale Formations Obtained by High-volume, Slick-Water Hydraulic Fracturing, Cornell University, 15 novembre 2010).

Si le gaz de schiste n’est pas moins polluant en termes de GES que le charbon, comment pourrait-il l’être moins que le pétrole?

Daniel B. Botkin, professeur-chercheur du Département d’écologie, évolution et biologie marine de l’Université de Californie à Santa Barbara, va dans le même sens: « En considérant les technologies existantes, le solaire et l’éolien sont les seules alternatives praticables pouvant fournir à l’Amérique une source d’énergie abondante et indépendante ayant très peu d’effets indésirables pour l’environnement et la santé humaine. Alors que les réserves en gaz de schiste sont estimées abondantes, et que ceux qui en sont en faveur maintiennent qu’ils possèdent des moyens d’extraction faciles et peu dommageables pour l’environnement, dans les faits la technologie utilisée est surtout expérimentale et possède un risque environnemental potentiellement élevé. » -

Daniel B. Botkin,

Et si l’industrie tentait lucrativement d’effectuer du « greenwashing » en présentant le gaz de schiste comme une solution énergétique plus écologique et plus propre sans vraiment l’être?

3. GAZ DE SCHISTE – Conforme au Principe de précaution?
Qu’en pensez-vous?

Ce que dit le gouvernement Charest

« Nous appliquons ce que j’appelle le principe de précaution et, bien sûr, nous apportons une attention toute particulière à la question de l’eau, et j’ai demandé au ministère de l’Environnement de faire tout le travail nécessaire pour s’assurer de la protection des aquifères, de la nappe phréatique » -Pierre Arcand, Député de Mont-Royal pour le Parti Libéral du Québec, Ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs,Point de Presse du 27 octobre 2010

Et pourtant…

Voici la loi québécoise conforme au

Principe de précaution de la Déclaration de Rio:

« lorsqu’il y a un risque de dommage grave ou irréversible, l’absence de certitude scientifique complète ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir une dégradation de l’environnement » -Loi sur le développement durable, chapitre II, Section I, 6. j., Québec, 2006, c.3, a.6.

Alors sur la base de quelles omissions M. Arcand peut-il prétendre appliquer le principe de précaution, qui relève pourtant de son propre ministère, pour donner son aval aux projets de gaz de schiste? Car dans les faits, la méthode de production gazière déployée par l’industrie, méthode connue sous le nom de fracturation hydraulique et consistant à injecter de l’eau à haute pression dans le sous-sol pour fracturer le schiste afin que le gaz s’en échappe, n’en est pas à ses premières victimes. Durant cette opération, l’eau utilisée se trouve mélangée à de nombreux produits chimiques dont certains sont radioactifs, toxiques, cancérigènes ou susceptibles d’interférer avec les fonctions hormonales à la base de la santé humaine et animale, particulièrement lors de la grossesse. Or, sans qu’il y ait toutefois de moyen efficace et accessible pour la traiter, seulement la moitié de ces fluides peuvent être récupéré du sol qu’ils ont fracturé et l’autre moitié irrécupérée a un risque potentiel de ressurgir à la surface lentement, insidieusement et à tout moment (il suffirait par exemple d’un séisme).

En Pennsylvanie par exemple, à Dimock plus précisément, il a été démontré que les fluides issus de la production de gaz de schiste par de la fracturation hydraulique avaient contaminé l’eau de nombreux citoyens ainsi qu’une rivière. Scénario semblable pour de nombreuses familles de Pavillion au Wyoming où des puits ont été contaminés par l’exploitation. Et de même pour Parker County au Texas et à Garfield County au Colorado. Des suites de la fracturation, une maison a d’ailleurs explosé à Bainbridge, en Ohio. Ces désastres ne peuvent-ils pas nous éclairer et fonder une précaution et une retenue des plus nécessaires? Formulé autrement, faut-il encore considérer le Titanic comme insubmersible?

En ce sens, le Principe de précaution, étant donné ces graves risques et même en l’absence de certitude complète concernant le devenir des nombreux produits chimiques et synthétiques mélangés aux eaux de production, ne semble pas cautionner l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Au contraire, étant donné les précédents désastres, lePrincipe de précaution, dans sa grande proximité avec le Principe responsabilité, ne suffit-il pas plutôt à justifier préventivement au moins un moratoire, le temps que des études scientifiques indépendantes soient faites en profondeur sur les puits déjà existants au Québec et ailleurs? Qui plus est, advenant un tel développement industriel sans que soient sévèrement modifiées et à gros frais nos présentes usines d’épuration, notre liberté en tant que citoyen, celle de prendre aucun risque que notre eau potable fournie par notre municipalité soit insidieusement contaminée par la production de gaz de schiste, n’en est-elle pas diminuée, voire baffouée? Aurons-nous encore l’environnement pour nous rendre capables d’effectuer un tel choix?

4. GAZ DE SCHISTE – Un plus pour l’économie?
Qu’en pensez-vous?
Ce que dit l’industrie

« Le développement des shales gazéifères [i.e. du gaz de schiste] peut attirer des investissements majeurs, créer des milliers d’emplois et engendrer des avantages directs et indirects importants, auxquels s’ajoutent des avantages induits qui vont bien au-delà des avantages manifestes. » -Association Pétrolière et Gazière du Québec (APGQ),Mémoire sur le développement durable d’une industrie québécoise des shales gazéifères, 11 novembre 2010, page 6

Et pourtant…

« On peut penser à 56 millions en redevances et à 1000 ou 1500 emplois bien rémunérés. Ça restera modeste » -BERNARD, Jean-Thomas, Professeur titulaire du département d’économique de l’Université Laval et spécialiste en énergie, in La Presse, Gaz de schiste: loin du pactole espéré, 26 octobre 2010

Selon ce scénario, d’ailleurs le plus probable selon M. Bernard, le Québec touchera en redevances 56 millions par an, soit 7$ par Québécois annuellement. Or cela est sans compter les indemnisations fiscales accordées à l’industrie, ni les coûts impliqués par la nécessité de doter les municipalités de nouveaux systèmes d’épuration des eaux aux frais du contribuable, ni les dépenses associées à l’entretien des puits abandonnés (incluant le

colmatage des fuites), ni celles associées aux dommages collatéraux potentiels dont certains sont décrits plus bas.

Car advenant un tel bouleversement intensif du paysage par l’industrie du gaz de schiste, le marché du tourisme pourrait subir un recul. De plus, si le Québec participait à l’augmentation de l’offre en gaz de schiste, en raison de l’ALÉNA, cela en ferait chuter le prix en Amérique du Nord. Ainsi dans ce système économique nord-américain, l’hydroélectricité produite au Québec, énergie sans l’ombre d’un doute plus propre et renouvelable que l’énergie issue des combustibles fossiles, trouverait moins preneur aux États-Unis, car le cas échéant, la tendance dudit système économique favoriserait l’énergie la moins chère. D’où un coût supplémentaire associé aux potentielles baisses de vente en hydroélectricité.

Il faut aussi considérer les conséquences que peuvent occasionner des contaminations d’aquifères: 1) les coûts associés au risque de pertes d’emplois dans l’agriculture et cela pour les meilleures terres agricoles du Québec: notre lait, notre viande, nos fraises, nos pommes ainsi que d’autres fruits et légumes potentiellement contaminés et conséquemment dévalués, 2) les coûts pour la santé humaine et donc induits sur notre système de santé, certains produits résultants de cette production industrielle étant radioactifs, toxiques, cancérigènes ou pouvant interférer avec nos fonctions hormonales, 3) les coûts associés à la décontamination. Qui plus est, les effets sur les changements climatiques et leurs conséquences très dommageables sur l’économie, pourtant déjà considérées dans les prévisions des compagnies d’assurances, sont mêmes exclus des calculs tempérants du professeur Bernard. L’atmosphère, en fait l’environnement en sa globalité, ne se limitant pas à être un dépotoir à externalités et la production ainsi que la consommation de gaz de schiste impliquant de considérables émissions de gaz à effet de serre, il faudrait recapturer le carbone émis, et cette opération dite de capture et de stockage du carbone (CSC) représente bien évidemment un surcoût.

Autre ajout qu’il faut faire aux calculs initiaux, la perte pour nos générations futures d’une richesse naturelle et renouvelable, pour peu qu’elle demeure dans son cycle: l’eau, cette richesse nécessaire à tous les vivants de la biodiversité dont nous sommes. Car il ne faut pas l’oublier, la fracturation hydraulique à l’échelle du Québec utiliserait des centaines de milliards de litres d’eau (de l’ordre de 10 11) dont la moitié serait perdue sous la surface du sol, et l’autre moitié récupérée se trouverait dans l’impossibilité d’être traitée ici-maintenant et ce d’autant plus si cette eau contient des matières radioactives; donc de la fracturation hydraulique résulterait nécessairement un coût sur l’échelle de la biodiversité, car eau en moins ou contaminée. En fait, et de façon générale, dans l’analyse monodimensionnelle telle que cautionnée par un indicateur à dépasser comme le PIB, les coûts sociaux et environnementaux ne sont pas comptés: comptabilité prestidigitatrice? Item, à cette somme de coûts supplémentaires à compter, s’ajoute la perte de valeur immobilière: qui voudra d’une maison à proximité d’un puits?

Du coup, non seulement les avantages souhaités par l’Association pétrolière et gazière du Québec mais aussi, si modeste et petit soit-il, le 7$ par Québécois par année en redevances que semblerait procurer la production de gaz de schiste ne doivent-ils pas être sévèrement revus à la baisse? Au final, lorsque considérée d’un point de vue global, en quoi la production du gaz de schiste est-elle un plus pour l’économie québécoise? Et s’il s’agissait encore d’une autre tentative de privatisation des profits et de socialisation des pertes?

5. GAZ DE SCHISTE – Sans risque pour la santé?
Qu’en pensez-vous?

La nouvelle technologie d’extraction de gaz de schiste comporte beaucoup de produits chimiques toxiques. Ces produits sont présents dans les boues de forage ainsi que dans le fluide utilisé pour libérer les gaz. Ils contaminent les éléments essentiels au maintien de la vie: l’eau, l’air et le sol.

On injecte des produits chimiques qui reviennent amalgamés à d’autres plus dangereux

Environ la moitié du fluide revient en surface, rapportant non seulement ses contaminants d’origine, mais aussi d’autres substances toxiques qui sont naturellement présentes dans le gisement gazier. Il peut s’agir de matières radioactives, de métaux lourds et de 4- nitroquinoléine-l oxyde, un agent mutagène cancérigène et une toxine dangereuse pour la reproduction et le développement.

Que fait-on de l’eau polluée et des boues de forage ?

L’eau contaminée et les boues de forage sont soit stockées temporairement dans des bassins à l’air libre, soit réinjectées dans le sol ou transportées vers des sites d’évaporation. Aux Etats-Unis, une partie de ces résidus dangereux ont été étalés sur des champs classé «land farms».

Des solvants reviennent comme des gaz toxiques et dommageables pour la santé

Les émulsifiants et les solvants utilisés dans les fluides de fracture hydraulique peuvent libérer des hydrocarbures cancérigènes qui se trouvent naturellement dans les couches profondes de schiste. Près de 40% des produits chimiques sont volatils et peuvent se répandre par la voie des airs. Près de 90% de ces produits peuvent endommager les yeux, la peau, des organes sensoriels, les voies respiratoires et le foie. Un peu plus de 80% peuvent causer des dommages au cerveau ou au système nerveux. À chaque étape de la production et de la livraison du gaz, des tonnes de composés organiques volatils toxiques (dont le benzène, le toluène, l’éthylbenzène, le xylène, etc) et de méthane fuient dans l’air ambiant.

Les équipements de forage au diesel produisent de l’ozone troposphérique qui donne le smog

Ces substances se combinent aux oxydes d’azote des gaz d’échappement provenant du fonctionnement continu des équipements de forage au diesel pour produire l’ozone troposphérique. L’ozone peut causer des dommages irréversibles aux poumons et est préjudiciable aux arbres et aux cultures. Il se combine également avec la poussière soulevée par les camions. Ce phénomène est à l’origine d’épisodes de smog aigu dans les zones urbaines et peut s’étendre jusqu’à 200 milles du site de forage. Qu’en sera-t-il de
« l’air frais de la campagne»?

La nocivité de ces produits peut apparaître longtemps après le départ des gazières

Certains des produits chimiques à vie plus longue, comme le 2-butoxyéthanol (2BE) présent dans les fluides de fracturation hydraulique laissés dans le sol ou provenant de déversements accidentels, peuvent prendre des années avant d’atteindre les puits, les sources et les rivières, longtemps après que les entreprises de gaz seront parties.

Le 2-BE brise les globules rouges

Il est particulièrement toxique pour la rate, la colonne vertébrale, la moelle osseuse et bien sûr le foie, qui doit faire face à toutes ces toxines. Il a également été classé comme cancérigène possible pour les êtres humains.

Tous les produits énumérés ci-haut, ainsi que le benzènesulfonique, un irritant des yeux, des poumons et de la peau, le formaldéhyde, une substance mutagène, cancérigène et un poison systémique, l’éthylène glycol (antigel) et le méthanol un autre poison puissant, sont sur les listes d’additifs déposées au BAPE. Les effets synergiques imprévisibles de ces substances sont de plus en plus préoccupants pour les organismes de santé fédéraux américains. Les effets additifs ou synergiques ne sont pas connus à l’heure actuelle.

Le discours de l’industrie

L’industrie nous dit que nous ne devrions pas nous inquiéter parce que les produits chimiques sont très dilués.

Or, de nombreuses fonctions du corps, notamment le système endocrinien, sont sensibles aux très faibles concentrations de toxines, de l’ordre d’une partie pour un trillion. Des dommages peuvent ne pas être immédiatement évidents, mais peuvent avoir des conséquences irréversibles sur la vie des hommes et de leur descendance.

Texte rédigé par Ingrid Style

Sources:

Cet article est une synthèse de plusieurs publications facilement disponibles sur le Web.

-Theo Colborn, Ph.D, de l’ Endocrine Disruption Exchange, est la source principale. Dr Colbom est une experte de The Ecosystem Health Committee of the International Joint Commission of the United States and Canada et de US. Environmental Protection Agency Endocrine Disruption Screening and Testing Advisory Committee entre autres.

-Adam Law M.D., FRCP endocrinologue:

Health Implications of Hydrofracking.

Notes:

En 2010 le Medical Society of the State of New York et The American Pediatries Society ont demandé à l’état de New York un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste.

Au Québec

Le Regroupement des Médecins Pour un Environnement Sain, dans son mémoire au BAPE, a demandé également un moratoire pour le Québec. Ils sont appuyés par Jean Zigby, M.D., vice-président des Professionel-le-s de la Santé pour la Survie Mondiale (section Québec de Physicians for Global Survival Canada), ainsi que par Isabelle Gingras M.D., FRCP et Harold Dion M.D.

De plus, en janvier 2011, dans un long document pour le ministère de la Santé,

L’Institut national de la santé publique du Québec a fortement exprimé en conclusion de son rapport qu’il n’y a pas assez d’informations scientifiques sur les effets pour la santé de l’exploration et de l’exploitation du gaz de schiste.

6. GAZ DE SCHISTE – Une exploration sans conséquence?
Qu’en pensez-vous?

En réaction au Rapport du BAPE, voici ce que certains offrent en guise de réponse lorsqu’un véritable moratoire sur la production du gaz de schiste est demandé: « il n’y a pas encore de production de gaz de schiste seulement une exploration ».

Or, par définition, la production d’une énergie inclut l’ensemble des opérations entourant son développement. Ainsi peut-on lire

« La production d’énergie vient largement en tête des innombrables sources de pollution propres à la civilisation industrielle moderne. L’usage des combustibles et, en date plus récente, celui de l’énergie nucléaire constituent une importante cause de production d’agents polluants et cela depuis le stade même de l’extraction jusqu’en aval à celui de l’élimination des déchets. » -RAMADE, François, Dictionnaire encyclopédique de l’écologie et des sciences de l’environnement, 2e édition, Dunod, Paris, 2002, page 651

Conséquemment en demandant un moratoire sur la production du gaz de schiste, est demandé du même coup un moratoire sur son exploration.

Pourquoi est-il important que le moratoire s’applique inclusivement à l’exploration? Il y a au moins deux raisons pour que le moratoire soit appliqué dès l’exploration du gaz de schiste.

La première est une raison géologique et environnementale: l’exploration ne va pas sans risque ni conséquence. En effet, le forage vertical de plusieurs centaines de mètres, quelquefois des milliers, passe inévitablement à travers la nappe phréatique. Or, ce forage vertical et le forage à grande extension horizontale lui succédant, forages considérés comme de l’exploration, font nécessairement perdre au sol son imperméabilité initiale, le schiste laissant inévitablement s’échapper plus facilement une part du 20% de gaz technologiquement accessible à l’exploitation industrielle. Et à long terme, même si avec du ciment on tente de reboucher le puits foré, des liquides et des émanations issues du schiste pourront éventuellement en ressortir à la surface ou contaminer la nappe phréatique en remontant vers elle. Car le ciment, comme celui de tout nos ponts, s’effrite avec le temps. En ce sens, le forage même exploratoire est définitivement une opération irréversible. Et les problèmes d’émanation sont multipliés, lorsqu’à ces forages s’ajoute la fracturation hydraulique et qu’est considéré le processus dans son ensemble comme l’a fait l’ingénieur-géologue Marc Durand.

De plus, l’élaboration d’une carte des réserves de gaz que contient le schiste est déjà disponible et du domaine public, il n’est donc pas nécessaire de faire davantage d’exploration pour connaître ces réserves.

La seconde raison est du domaine éthique et légal. En effet, l’exploration ouvre conceptuellement la porte à un droit de propriété.

« La question est de savoir ce qui peut justifier que l’on passe de la jouissance commune de la terre [...], à son appropriation privative par un seul individu, à l’exclusion de tous les autres. Locke prend l’exemple de la cueillette, pour montrer que l’appropriation finale, la consommation, suppose une acquisition première, le geste élémentaire qui détache le fruit [...]: ce qui fonde la propriété comme un droit, c’est que la chose créée est dans la dépendance de celui qui l’a faite [...]. La justification de la propriété par le travail affirme la rationalité des conduites d’acquisition. » -

Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, 3e édition, dir. Monique Canto-Sperber, Presses Universitaires de France, Paris, 2001, page 1652

En ce sens, permettre l’effectuation du travail d’exploration, selon l’éloquente expression de Louis-Gilles Francoeur,

laisse la porte ouverte à l’industrie et à ses futures actions de développement selon des plans précédemment déterminés (voir GAZ DE SCHISTE – Transparent et sans précipitation?). Car ce travail servira l’industrie qui pourra justifier sa propriété sous le voile de la rationalité de sa conduite d’acquisition. L’industrie s’offrira ainsi un argument supplémentaire en sa faveur dans cette question que les citoyens du Québec sont en droit et en devoir de se poser: à qui appartient le sous-sol québécois?

En conclusion, le moratoire sur la production de gaz de schiste doit s’appliquer inclusivement sur son exploration parce que le forage exploratoire est irréversible, potentiellement dangereux et coûteux en entretien pour l’intérêt public, à quoi s’ajoute que l’exploration est le Cheval de Troie du développement intégral de cette industrie (env. 20 000 puits) sur le territoire québécois et, pour les citoyens du Québec, un pas de plus vers la dépossession de leur propre sous-sol.

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