Le gouvernement Charest ne veut pas que le Québec devienne « le premier endroit au monde où on va dire, nous, on est contre ça ».
(Pierre Arcand, ministre de l’Environnement. La Presse, 20 nov. 2010)
RÉPLIQUE D’UNE CITOYENNE
L’industrie du gaz de schiste propose de forer entre 1000 et 7000 puits au
Québec. En faisant une moyenne et si seulement un seul forage horizontal
est effectué par puits, ceci nécessiterait environ 200,000 piscines olympiques
d’eau contaminée : et chacune d’entre elles contient 3 MILLIONS de litres
d’eau! Dur à croire? Ces chiffres proviennent des représentations que
l’industrie elle-même a faites auprès du BAPE dans son document DQ4.2 et
du communiqué de presse de SECOR, en date du 7 Octobre 2010.
Le gouvernement Charest nous affirme que nous devons exploiter les gaz de
schiste au Québec pour créer de la « richesse ». Mais comment définir cette
richesse? S’agit-il de l’avoir qu’on garde à la banque?
Nous venons juste de traverser une récession mondiale dans laquelle de
nombreuses personnes ont appris que la richesse sur papier voire en
immobilier peut fondre comme neige au soleil. Toute activité économique
dépend, en définitive, du monde naturel pour la bonne raison que toutes les
ressources en proviennent. Et la plus essentielle de toutes ces ressources
naturelles est l’eau. Il s’agit d’un véritable « or bleu » qui, dans quelques
années, vaudra bien davantage que le gaz naturel. Souhaitons-nous vraiment
échanger la sécurité de notre eau pour ce que les Américains appellent la
« sécurité énergétique »?
À l’échelle mondiale, l’eau potable se perd actuellement à un rythme
accéléré. Le centre national de recherche atmosphérique des États-Unis,
indique que le pourcentage des terres immergées de la planète affecté par
une sérieuse sécheresse a plus que doublé entre les années 1970 et l’an 2000.
On peut résumer notre utilisation de l’eau par ordre d’importance:
1) Eau potable : Sans eau propre à boire, nous ne pouvons pas survivre.
2) Eau à la ferme : Sans eau, il est impossible de faire pousser les plantes
ou de faire l’élevage des animaux.
3) L’eau pour l’énergie : L’hydro-électricité, les centrales thermiques et
nucléaires.
4) L’eau pour l’industrie : Des nombreux produits exigent de l’eau pour
leur fabrication, certains de ces produits sont inutiles.
Ne vous inquiétez pas, nous affirme notre ministère de l’environnement,
l’industrie puisera l’eau au printemps alors qu’il y en a en abondance. Ne
s’agit-il pas là du ministère dont c’est la responsabilité de comprendre la
façon dont fonctionne la nature? Ces gens n’ont-ils jamais entendu parler de
cycles naturels? Les écosystèmes des vallées des rivières dépendent des
inondations régulières provoquées par le ruissellement des eaux qui
replacent les sédiments et maintiennent la diversité et la santé des plantes et
des bêtes.
Les entreprises gazières affirment que leurs besoins en eau ne sont rien
comparés à ceux de l’industrie des pâtes et papiers. Lorsque cinq de vos
doigts sont pris dans un carcan, ne serait il pas idiot de soumettre les autres
cinq au même traitement? Le gaz du shale d’Utica se trouve directement
dans le sous-sol du principal territoire agricole du Québec. Ce secteur a
été appelé l’Fairway pour des plays gaziers par des rédacteurs financiers.
L’eau utilisée pour la « stimulation » par fracturation hydraulique sera
contaminée par des produits chimiques carcinogènes avant d’être injectée
sous pression sous terre. À peu près la moitié remontera ensuite à la surface
enrichie d’un mélange toxique d’hydrocarbures.
L’industrie affirme que le pourcentage d’additifs est faible et que l’eau sera
traitée. Le « Final Impact Assessment Report » (le rapport d’évaluation sur
les impacts définitifs) du Département de l’environnement de New York,
estime cette quantité à 0,5 à 2%. Qu’est-ce que cela signifie? « En supposant
que les additifs chimiques représentent 1 % du mélange de fracturation, le
fait de développer 6000 puits sur une période de 20 ans signifie l’utilisation
de produits chimiques à un rythme de 150 à 230 tons (U.S) par jour ».
(NYFIAR). Est-il vraiment normal de pomper tout ça dans la terre dans
laquelle nous faisons pousser nos aliments?
Mais, que dire du « traitement » de l’eau qui revient à la surface? Les
installations municipales de traitement des eaux sont clairement incapables
de traiter une masse aussi importante d’hydrocarbures, d’ammoniaque, de
produits chimiques carcinogènes et possiblement de métaux lourds
radioactifs.
L’industrie nous dit de ne pas nous en faire, qu’elle réutilisera autant d’eau
que possible. Dans l’espoir sans doute, que nous ne lui demandions pas :
« Et après tout cela, on va en faire quoi? » Il n’y a que très peu d’usines de
traitement des eaux industrielles dans la province et même s’il y en avait
assez pour traiter cette énorme quantité d’eau polluée, on peut s’interroger
sur ce qui reste dans l’eau après le traitement. Et qu’est-ce qui arrive aux
contaminants? Où allons-nous mettre ces centaines de tonnes de produits
chimiques par jour pendant 20 ans?
Je ne peux m’empêcher de penser qu’une grande quantité d’eau traitée de
façon inadéquate retournera dans nos rivières et sera peut être déversée « par
inadvertance ». Sans oublier qu’une moitié de cette eau reste sous terre. Elle
aboutit où après quelques dizaines d’années?
L’on nous dit que nous nous devons d’exploiter ce gaz pour des raisons
économiques. Ah oui, vraiment? Et les frais médicaux élevés reliés à l’air et
à l’eau contaminés? Le cancer coûte cher, sans compter le déclin de la vie
aquatique, les pertes de revenus du tourisme et de la valeur des propriétés!
L’on nous affirme que le gaz naturel est un « carburant propre». Le gaz
naturel est plus propre à brûler que le charbon, mais les deux sont quand
même des carburants fossiles et comme tels, contribuent aux changements
climatiques. Les 25 trillions de mètres cubes de gaz qui se trouvent, dit-on,
dans notre sous-sol contribueraient de manière significative à l’accélération
des changements climatiques. Et pour ce qui est du gaz de schiste, l’énergie
requise pour l’extraire de même que les inévitables fuites de méthane, 20
fois plus dommageable que le CO2, situent ce carburant au moins au même
niveau que le charbon, le plus polluant des carburants fossiles. Et quel
sera l’effet des changements climatiques sur notre économie?
Nous avons la chance au Québec d’avoir de vastes quantités d’eau propre et
d’hydro-électricité. Ceci nous procure un avantage que le reste du monde
nous envie. Une autosuffisance complète en énergies renouvelables telles
le vent, et le bio-méthane est plus facilement à notre portée ici, que
pratiquement partout ailleurs au monde. Il suffirait pour le gouvernement de
faire preuve de leadership à cet égard. Mais au lieu du leadership, l’avidité
et la stupidité sont à l’origine de ce plan précipité et insensé de brader la
beauté et la santé de notre pays en faveur des spéculateurs internationaux.
Le gouvernment répète sur toutes les tribunes qu’il ne prévoit pas débuter
cette exploitation avant 2014, alors que l’industrie a assuré les medias plus
d’une fois, qu’elle allait commencer en l’été de 2011 . Apparemment, le
BAPE ne changera rien pour personne!
Nous savons que la pollution industrielle va de soi lorsqu’une exploitation
d’une telle envergure est permise. Certains désastres se produisent tout de
suite et font les grands titres des journaux, d’autres sont plus lents et
prennent des dizaines d’années mais peuvent être tout aussi dévastateurs.
Le seul endroit sur terre où l’on dit « Non, nous ne voulons pas de ça ici?»
Pour ma part, je serais fière de l’affirmer. Et peut-être que le Québec
pourrait se retrouver à l’origine d’un mouvement. Est-ce là ce qui préoccupe
les multinationales? Un « NON! à la stupidité antihumaine de la destruction
de notre panier alimentaire ici, chez nous » est en réalité une expression de
l’intelligence humaine.
Ingrid Style,
Comité mobilization gaz de schiste Mont-St-Hilaire
Mont St-Hilaire 450 464 1588

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