Tous les jours, grand-maman Annie et moi, nous allons marcher dans la forêt magique,
entre La Diable et le Ruisseau Noir, pour trouver la trace des Lutins qui y habitent. C’est
bien connu qu’ils y habitent, mais jamais personne n’a pu le prouver. Quand on veut le
faire, il faut être très attentif à tous les signes de piste, parce qu’ils sont très discrets et
parce que, justement, ils essaient de ne pas laisser de traces pour ne pas se faire voir.
Les 3-4 premiers jours, rien de particulier à signaler. Mais, tenez-vous bien, ces jours-ci,
nous avons commencé à nous rendre compte que les Lutins étaient vraiment actifs,
occupés surtout à décorer les arbres qui, à ce temps-ci de l’année, ont évidemment
perdu leurs feuilles. En regardant bien, tous les deux, on s’est rendu compte que les
Lutins avaient déjà commencé à placer les décorations des Fêtes, en déposant, par-ci
par-là, des milliards de cristaux sur les branches qui étincellent lorsque sort le soleil.
Parce qu’il est intermittent le soleil : tantôt il neige, tantôt il fait gris, tantôt il fait soleil.
Puis, on s’est aperçu d’une journée à l’autre que les Lutins mettaient des guirlandes sur
les branches. Et ça, c’est très joli.
On se disait, Annie et moi, qu’on allait peut-être les surprendre au travail. Mais, tu
penses, ils ont le don de déguerpir dès qu’on s’approche de leur lieux de travail.
Impossible de les voir en action. On ne voit que les résultats. Peut-être qu’en étant plus
discrets nous-mêmes en marchant dans la forêt, on parviendra à les voir. Pas sûr.
Toujours est-il qu’on continue nos promenades quotidiennes avec l’espoir de trouver des
indices au moins de leur présence. Je vous signale que j’ai toujours mon appareil photo
en bandoulière et que je suis aux aguets, au cas où il s’en trouverait un qui s’enfargerait
en s’enfuyant, on sait jamais.
Premier indice trouvé, je pense que c’est grand-maman Annie qui s’en est aperçu : une
tuque restée accrochées à un arbre, vraisemblablement lors de la fuite d’un Lutin à
notre approche. À bien regarder, on se rend compte qu’il y a plus d’une tuque ici et là.
Donc, notre hypothèse à l’effet que les Lutins prennent la poudre d’escampette lorsqu’ils
détectent l’arrivée d’êtres humains se révèle exacte. Mais où vont-ils ? Pas de traces de
pas. On dirait qu’ils se volatilisent ou s’évaporent.
Bien, croyez-le ou non, après avoir trouvé plusieurs tuques accrochées à des troncs
d’arbres, qu’est-ce que j’aperçois ? Une barbe qui pend à un tronc. Ce Lutin-là devait
être imberbe et avoir un postiche ; dans sa fuite, lors de sa descente d’un tronc d’arbre
mort qu’il s’apprêtait à décorer, le postiche se serait pris dans l’écorce rugueuse : et hop
la barbiche !
Mais à force d’observer et de chercher, notre vigilance et notre patience ont enfin été
récompensées. On s’était dit que pour ne pas se faire voir, les Lutins devaient avoir
développé des trucs de mimétisme, un peu comme les Camille Léo, euh, les caméléons,
pour se fondre dans le paysage. Eh bien oui. Imaginez-vous qu’on a réussi à trouver
leur astuce. Fallait y penser.
En regardant autour de nous, partout où on allait, on s’est rendu compte qu’ils étaient
bien là à nous épier, les petits velimeux. On a fait semblant de ne pas les voir et on a
continué à dire tout haut : où peuvent-ils bien se cacher ? Ils sont bien malins ces petits
Lutins espiègles. Mais moi, mine de rien, je photographiais tout ce qui pouvait
ressembler à un Lutin qui se camouffle dans le paysage. Je suis porté à penser qu’ils
nous croient innocents et même bébêtes de ne pas les reconnaître sous leur
déguisement. Mais est bien pris qui voulait prendre : je les ai pris en photo, ou du moins
plusieurs d’entre eux, à leur insu, et je peux maintenant prouver ce que j’avance : LES
LUTINS, POUR NE PAS SE FAIRE VOIR, MIMENT LES SOUCHES D’ARBRES
MORTS. Voilà.
Grand-maman Annie et grand-papa Raymond vont sûrement passer à la postérité pour
avoir résolu l’énigme que plein de chercheurs, financés par le gouvernement Harpeur,
n’ont jamais réussi à résoudre.
Nous sommes très fiers de nous deux. Des grands-parents qui servent à quelque chose.
Enfin.
Si jamais vous allez dans la forêt durant le Temps de fêtes et qu’il y a de la neige (c’est
essentiel), faites mine de rien et regardez bien les souches d’arbres morts qui vous
entourent, parfois comme une meute de loups. Si vous êtes le moindrement
perspicaces, vous devinerez qui se cache dans ces formes parfois bizarroïdes, sous les
mottes de neige. Un indice : la forme de la tuque est souvent perceptible. Parfois des
morceaux de barbe blanche, etc. N’allez surtout pas les démasquer, ça pourrait être
dangereux : on sait jamais quand on joue avec le mystère. Si vous dites : on le sait que
vous êtes là, camouflés en vieilles souches, ils vont trouver d’autres moyens pour
disparaître, je sais pas moi, des Lutins, c’a beaucoup d’imagination et nous autres,
Annie et moi, on aura travaillé tout ce temps-là pour rien.
Gros bisous de nous deux, xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Grand-maman Annie
Grand-papa Raymond (Raymond Gauthier <gauthieray@ilesdelamadeleine.ca>).
Vous pouvez lui envoyer vos souhaits de Joyeuses Fêtes. Moi, j’ai tout caché dans mon sakados, mais où donc ?
Bonnes Fêtes, Annie et Raymond !
Georges







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Résidents de Îles de la Madeleine, nous séjournons fréquemment dans la maison d’une amie, à St-Jovite-Mont-Tremblant, comme gardiens attitrés lorsqu’elle part en voyage. Quel bonheur que de passer du bon temps dans ce décor complémentaire au nôtre.
C’est là, dans la forêt tout à côté, que nous faisons des rencontres particulières. Avant Noël, j’ai adressé en notre nom le récit de nos découvertes à Mattéa, à Florence, à Camille et à Léo, parce que je sais qu’ils ont confiance en moi et qu’ils savent que je ne leur raconterais pas de menteries. Parce que je suis leur grand-père et qu’un grand-père, depuis que ça existe, ça raconte les choses telles que ça les a vues. Souvent preuves à l’appui.
Georges, qui en a reçu mystérieusement copie, a publié ce récit authentique sur son magnifique site Le souffle court. Je me sens honoré, comme militant, d’être publié sur un site tout aussi militant, mais combien poétique !
Je suis persuadé que c’est à travers l’émerveillement qu’on apprend à vibrer au rythme des paysages dont nous sommes partie intégrante et que nous animons, en harmonie avec les autres espèces vivantes qui l’habitent. Dans ce sens, la conception autochtone traditionnelle m’inspire beaucoup pour concevoir le lien intime que nous entretenons avec le territoire : occupation respectueuse des interactions entre la nature, l’homme, les autres êtres vivants et la terre elle-même (toutes ses composantes).
« L’être humain a une relation intime avec son environnement ; il en fait partie et doit vivre en équilibre avec son territoire et respecter son environnement pour permettre sa survie, sa pérennité et aussi sa santé physique, spirituelle, mentale. Il est important de vivre en harmonie et non pas de combattre son environnement. », selon le docteur Stanley Vollant.
L’émerveillement, et la passion sont au cœur des luttes que nous devons mener pour préserver et parfaire la qualité de vie dont nous jouissons et à laquelle nous tenons. Que nous vivions sur la grand’ terre, comme c’est le cas des résidents des fantastiques Basses-Terres du Saint-Laurent, ou que nous habitions le fabuleux archipel du golfe du Saint-Laurent, nous avons en commun comme citoyens cette motivation et cette volonté de défendre notre butin.
Notre défi collectif : promouvoir l’articulation entre développement (décroissance énergétique devrions-nous dire) et solidarité, dans un sentiment d’appartenance et d’appropriation territoriale responsable.
« L’appartenance territoriale est une appartenance à un ordre démocratique qui doit se donner en spectacle pour faire muter les habitants en citoyens.» Jean de LEGGE
Souhaitons-nous pour 2011 de parfaire et de soutenir un militantisme citoyen inspiré par nos formidables paysages, dans un esprit de solidarité et d’engagement.
BONNE ANNÉE !
Grand-maman Annie, grand-papa Raymond