Le pétrole et la mer : richesse ou calamité ?

Voici le texte que ma conjointe Annie a écrit pour publication (hebdo Le Radar, autres médias, sites web) suite à la conférence de Jean-Marc Carpentier, « scientifique » de service pour l’industrie des hydrocarbures. Ses propos ont bouleversé la trentaine de citoyennes et citoyens allumés qui l’ont écouté tenter inutilement de nous convaincre de l’opportunité incontournable d’exploiter les gisements du golfe, en banalisant les risques, en présentant des demi-vérités et en évitant de considérer les alternatives comme réalistes.
Annie n’est pas, de nature, combative. Elle a péniblement accouché de ce texte tout en douceur, mais qui n’est pas pour autant complaisant. D’autres personnes vont sans doute réagir à la malhonnêteté intellectuelle de ce prétendu expert, scientifique, objectif (!).

Le texte d’Annie :

Le pétrole et la mer : richesse ou calamité ?  Sur ce thème, se tenait, le jeudi 9 décembre à Cap-aux Meules, une conférence de monsieur Jean-Marc Carpentier.

Le pétrole, nous le savons, c’est une formidable énergie, une incroyable richesse. Lors de son exploitation en mer, des calamités peuvent arriver. Ce sont des accidents, nous dit monsieur Carpentier. Ça n’empêche pas la Norvège, dans la Mer du Nord en Europe, d’exploiter le pétrole à fond. Il omet de dire qu’en 2007, il s’est produit là un important déversement. De toute façon, ça fait partie des risques, selon lui.

Devant une telle affirmation, on ne peut s’empêcher de se demander : quelle est l’ampleur de ces risques ? Le Devoir du 13 mai 2010 rapporte en effet que, dans le golfe du Mexique seulement, entre 2001 et 2007 (sur 6 ans), il s’est produit 1 443 accidents impliquant 23 plateformes pétrolières. Ces accidents ont causé 356 fuites d’huile et occasionné 41 décès. Ces chiffres, bien sûr, ne tiennent pas compte de la récente catastrophe du Deepwater Horizon.

Si nous considérons la planète entière, non seulement le risque zéro n’existe pas mais, selon d’autres sources, les risques seraient plutôt de l’ordre de 20%. Ce n’est pas rien.

N’empêche que notre conférencier nous dit que dans le golfe du Mexique, à Terre- Neuve, en Norvège,… on l’exploite le pétrole en mer. Ça se fait, ça marche et c’est payant. C’est si payant qu’en Norvège, par exemple, on a réussi à constituer un fonds de 300 milliards afin de dédommager les générations futures pour l’épuisement d’une ressource non renouvelable et l’augmentation des émissions à effet de serre.

Monsieur Carpentier va encore plus loin dans cette logique. Il nous rappelle qu’en septembre dernier se tenait à Montréal le Congrès mondial de l’énergie. Lors de ce congrès, on a parlé des pays en émergence, comme la Chine et l’Inde, qui réclament leur juste part de pétrole. En effet, on prévoit que d’ici peu un milliard de personnes gagneront 10 000$ par an et consommeront du pétrole. Un milliard de personnes disposant de 10 000$ par an, ça fait beaucoup de milliards. La loi de l’offre et la demande ferait que le pétrole deviendrait rare et cher. Quelle opportunité !

Si on reprend cette logique d’explosion du marché, il est facile de prévoir qu’un gisement comme Old Harry, à 80 km des Îles de la Madeleine et 100 km de Terre- Neuve, pourrait valoir, dans 5 à 10 ans maximum, des milliers de milliards. Quelle formidable richesse en effet !!! Peut-être pourrions-nous choisir de mettre cette formidable richesse « en valeur » en la laissant « prendre de la valeur » sur 5, 10, 15, 20 ans ?

À l’envers de la Norvège, peut-être pourrions-nous choisir de laisser au fond du golfe, le temps qu’il faudra, ce fonds pour les générations futures. Peut-être les générations qui viennent, justement, sauront-elles mieux que nous exploiter avec ménagement, discernement, équilibre ces ressources non renouvelables, de plus en plus difficiles d’accès, rares et précieuses.

Pour le moment, associé aux changements climatiques, l’inévitable pic pétrolier nous oblige à nous libérer progressivement des énergies fossiles en favorisant l’adoption des énergies renouvelables. Dans le golfe du Saint-Laurent, nous avons des gisements éoliens reconnus parmi les plus importants au monde.

Pourquoi ne pourrions-nous pas ériger de gigantesques plateformes éoliennes dans la mer, capables d’alimenter une partie de l’Amérique du Nord qui réclame plus d’énergies renouvelables ? De telles éoliennes offshore existent dans la Mer du Nord. Ça marche, c’est créateur d’emplois, en somme c’est payant. De plus, ça serait une industrie conciliable avec nos activités de pêche et de tourisme déjà en place.

Peut-être pourrions-nous choisir la richesse sans la calamité ?

À l’occasion de Noël et du Nouvel An, je nous souhaite à tous un monde où la conscience de notre interdépendance et de la fragilité de notre environnement guident nos choix de développement endurable.

Annie Landry à Hélier
L’Anse à la Cabane
Îles de la Madeleine

Réaction de Lucie Sauvé à ce texte :

« Merci Raymond et Annie de partager avec nous cette colère et ce texte, rédigé avec beaucoup de sagesse. Ce que l’on souhaite, parce que c’est vital, c’est le virage vers une économie post-pétrole. Il nous faut gagner du temps … pour que l’imposture soit enfin largement démasquée, dénoncée, balayée. Michel Duguay pourrait certes nourrir votre argument sur le potentiel éolien au large des côtes.

Courage! On a tellement besoin de votre vigile et de votre voix!
Amitiés,
Lucie S.»

Lucie Sauvé, Professeure,
Titulaire de la Chaire de recherche du Canada
en éducation relative à l’environnement
Université du Québec à Montréal

3 réponses à Le pétrole et la mer : richesse ou calamité ?

  1. Admin says:

    Commentaire reçu de Michel A. Duguay après lecture du texte d’Annie Landry :

    Bonjour Raymond,

    Mes félicitations à ton épouse Annie pour cet excellent texte proposant les éoliennes en mer!

    Une visite sur Google English, avec ‘’offshore wind farms’’ pour mots clés, donne des centaines de pages de photos d’éoliennes en mer! Google lui-même va investir 6 G$ en éolien.

    L’Allemagne planifie de fonctionner à l’éolien et au solaire pour satisfaire 80% de ses besoins d’ici 2050. L’année passée le total mondial des investissements dans le domaine éolien/solaire a été proche de 100 milliards! Il sera encore plus élevé en 2010.

    Chez nous Jean Charest et Nathalie Normandeau persistent à vouloir reconstruire le réacteur nucléaire de Gentilly-2 conçu il y a 40 ans avec des modèles physiques et des logiciels maintenant reconnus par la Commission canadienne de sûreté nucléaire comme ayant été inadéquats! C’était le moyen-âge en termes de technologie nucléaire. Tout ça à un coût d’au moins 8 milliards, ce qui fera de l’électricité à un coût trois fois plus que l’éolien, et deux fois plus que le solaire photovoltaïque (PV).

    Le grand mystère dans tout ça est la faiblesse extrême de couverture médiatique pour ce domaine très prometteur. Nous avons les meilleures ressources éoliennes en Amérique du nord, particulièrement dans le Golfe, un vaste territoire pour accueillir des panneaux solaires, et nos médias n’ont de place, dans une grande mesure, que pour les accidents d’auto, les mauvais coups et la mauvaise gestion gouvernementale!

    Notre jeune Simon-Philippe Breton a fait un doctorat en Norvège sur les éoliennes en mer. Son adresse de courriel est sbreton200@yahoo.ca. Il est à Montréal à l’ETS. Il sera très heureux de vous entretenir sur le sujet.

    Histoire à suivre!

    Avec mes salutations, Michel

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