L’étrange silence des directions de la santé publique

L’Œil Régional – 14 mai 2011

Opinions > Lettres des lecteurs

La population sait maintenant que tous les doutes sont permis quant aux «bienfaits» apportés par l’industrie du gaz de schiste dans notre région, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur celui de la santé publique. Dans l’État de New York, à la suite des forages de milliers de puits, c’est grâce entre autres à la prise de position de l’American Academy of Pediatrics (AAP) qu’un moratoire a été décrété, contrairement au Québec. Dans une lettre publique datée de juin 2010, l’AAP fait part de son inquiétude quant aux effets potentiels négatifs sur l’eau, l’air, la contamination des sols, l’augmentation du trafic et les déversements de matériaux contaminés dans les lieux habités par des familles et des enfants. Au Québec, à part le Regroupement des médecins pour un environnement sain qui demande un moratoire (BAPE-DM81), où en est le collège des médecins?

Dans un mémoire (DM100) présenté au BAPE le 11 novembre 2010, les directions de la santé publique de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches et de la Montérégie soulignent d’entrée de jeu ce que leurs responsabilités légales impliquent. Leur devoir est «d’informer la population des principaux facteurs de risque, d’identifier les situations susceptibles de mettre en danger la santé de la population et de voir à la mise en place des mesures nécessaires à sa protection»(p. 5). En conclusion au mémoire, les auteurs affirment ne pas être en mesure de procéder à l’évaluation des risques associés à cause du «manque d’informations et de données relatives aux méthodes de l’industrie, aux produits utilisés (…), aux risques de contamination (…), aux risques technologiques (…)» (p. 31). Évidemment, les auteurs recommandent la prudence (!) et l’anticipation (?). Cependant, l’annexe 2 du document fait état de divers accidents, répertoriés scientifiquement, en lien avec l’industrie gazière. Dans les tableaux annexés, de 2006 à 2010, 23 études relatent la contamination de l’eau souterraine, de puits d’eau de surface et de cours d’eau en Pennsylvanie dans plusieurs sites. De 2004 à 2008, six études en Ohio et en Pennsylvanie rapportent 50 cas de migrations de gaz dans les maisons privées avec, pour certains, explosion et évacuation des résidents. En 2010, trois études documentent des explosions ou des incendies sur les sites de forages en Virginie et en Pennsylvanie. Enfin, entre 1994 et 2009, 12 cas d’accidents liés aux gazoducs sont signalés au Québec et un en Colombie-Britannique. Dans ces accidents, il y a eu des blessés et des traumatisés. Donc, les risques sont bien réels. Faudra-t-il une hécatombe pour que les directeurs et directrices de la santé publique se lèvent à la défense de la population? Écrire un mémoire demeuré dans les archives du BAPE n’est pas si mal, mais prendre position sur la place publique a beaucoup plus d’impact sur les citoyens et sur le gouvernement qui permet encore les forages de puits. Ces responsables légaux de la santé publique craignent-ils des représailles? Pourtant, il reste encore un peu de démocratie, malgré tout, au Québec! Le silence de ceux qui sont payés par nous, pour nous protéger, est étrange et, surtout, très inquiétant.

Louise Langevin

Mont-Saint-Hilaire

 

2 réponses à L’étrange silence des directions de la santé publique

  1. louise lefebvre says:

    Je fût très déçu du peu de médiatisation sur la manifestation qui a eu lieu à Montréal samedi18 juin 2011. Il aurait d^y avoir des centaines de millier de personnes.
    La population pense que tout est arrêté et que plusieurs ne connaissent pas toutes les conséquences de cette industrie (pollution de l’air , de l’eau , de la nappe phréatique, radioactivité, tremblement de terre , oiseaux morts , poissons morts par millier, déchets laissés sur place….).
    Alors je veux vous faire cette suggestion: projeter le film GazLand sur un édifice durant tout le festival de jazz à Montréal et faire signer des pétitions par les spectateurs…
    Comme Dominique Champagne est en contact avec le milieu artistique, je pense qu’il peut intervenir auprès des organisateurs du festival de jazz pour mettre en place une telle projection…
    Je pense aussi que tous les festivals sont de bonnes plateformes pour diffuser de l’information…

  2. France Lemieux says:

    Vous avez tout à fait raison Mme Langevin. L’institut de santé publique ne s’avance pas. Les médecins non plus depuis que ceux de Sept-Îles se sont mobilisés contre l’uranium…ils se sont fait avertir de  »pratiquer la médecine ». Je remarque le même silence dans notre dossier des  »boues d’usine d’épuration épandues sur les terres agricoles ». La dernière étude de l’INSPQ remonte à 2001…et…plus rien. Pourtant les produits chimiques se multiplient, les combinaisons possibles aussi et les ministères favorisent cette pratique…Même les boues issues des eaux de fracturation de l’usine de Huntingdon pourraient être épandues…me dit le ministère. C’est la solution la plus  »cheap » pour se débarrasser de ce qui pourrait être une source d’énergie (Or Brun) au lieu d’une source de pollution…de l’air des terres et de l’eau et un risque certain pour la santé de ceux qui vivent près des sites d’épandage…selon INSPQ 2001. L’INSPQ n’aurait pas les coudées franches on dirait!

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