Le mémoire d’Ingrid Style

Mémoire au BAPE sur le gaz de schiste
Ingrid Style, une grand-mère qui a à coeur l’avenir de la Vallée

Je m’appelle Ingrid Style. J’habite et je travaille à Mont St Hilaire depuis plus de 35 ans. Comme grand-mère, j’ai à cœur l’avenir et je crois que ce projet de gaz de schiste est destructeur et imprévoyant.

Connaissez-vous l’histoire de l’homme qui habitait une maison de bois, solide et bien construite? Lorsque l’hiver est arrivé, même s’il se sentait bien protégé derrière ses murs solides, il aspirait à un confort plus parfait. Il se fit donc  un feu. Lorsqu’il ne resta plus de bois, et voulant continuer d’être au chaud, il a commencé à brûler ses meubles. Peu à peu, tous ses meubles y sont passés. Après autant d’efforts, il n’était plus question de s’adapter à la fraîcheur ambiante de sa maison. Il s’est donc mis à défaire ses murs et mettre les planches une par une dans le foyer. On voit où ça mène n’est-ce pas? L’homme dans l’histoire est probablement dans une meilleure position que nous. Après tout, de geler à mort serait probablement plus agréable que l’enfer d’un changement climatique non-contrôlé.

La NASA a annoncé il y quelques mois que le monde venait de passer les 12 mois les plus chauds jamais enregistrés. Et cela c’est sans parler des récentes tempêtes, de la fonte des glaces de l’Arctique et des glaciers de l’Himalaya, de l’augmentation du niveau des océans, etc. Il faut être pratiquement comateux, de nos jours, pour ne pas entendre parler des effets désastreux de notre entêtement à continuer d’utiliser les combustibles fossiles.

Le physicien bien connu, Stephen Hawking, a affirmé récemment, « Nous sommes en danger d’autodestruction à force d’avidité et de stupidité ». Et je trouve que ce projet de gaz de schiste en est un exemple. Je ne suis pas la première personne à m’objecter fortement à la façon dont notre gouvernement a procédé dans ce dossier. Le fait de lancer les mots « développement durable » à tout propos, ne pourra jamais remplacer une étude d’impact en profondeur.

Une telle étude pourrait nous montrer les risques pour nos réserves d’eau causés par le méthane, les produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique ainsi que les eaux salines susceptibles de migrer dans nos réserves d’eau potable et les ruisseaux de nos bassins hydrographiques, comme le Department of Environmental Protection de la ville de New York l’a constaté, en décembre dernier dans son Final Impact Assessement Report.

Nous devons de plus connaître les risques associés à la fracturation, d’autant plus dans une zone comme la nôtre, sujette à l’occasion aux activités sismiques. Un article qu’on retrouve sur le site Web de l’American Association of Petroleum Geologistsprécise qu’il n’y a aucun doute que la séismicité peut être provoquée et l’est et qu’elle semble être associée au processus d’élimination des eaux usées et des solutions salines utilisées lors de la facturation hydraulique.

Il est bon, à ce point-ci de se rappeler la définition du « développement durable » donnée pour la première fois dans un document de l’ONU en 1987, ( le Rapport Bruntland) : Il s’agit d’un « développement qui réponde aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

Les trois piliers du développement durable que sont l’environnement, l’économie et le développement social ne sont pas égaux. La viabilité de l’environnement doit avoir préséance sur celles de l’économie et du développement social pour l’excellente raison que les deux derniers reposent sur l’environnement, il est donc du devoir du BAPE de protéger l’environnement de cette vallée non seulement pour les riverains d’aujourd’hui mais aussi pour leurs descendants.

En mettant de l’avant le projet d’exploitation des gaz de schiste autant le gouvernement que l’industrie ont souligné le potentiel de gains financiers et de création d’emplois. Il s’agit là d’une réflexion à court terme.

Pourquoi ne nous posons-nous pas de questions sur les effets à long terme de l’exploitation des combustibles fossiles qui accentuent toujours davantage les changements climatiques que subiront nos enfants? Les changements climatiques mondiaux sont bien placés pour ruiner l’économie mondiale. Si vous en doutez, demandez à n’importe quel des dirigeants d’une des grandes compagnies d’assurances…et si l’économie mondiale s’en trouve affectée, notre économie locale le sera aussi.

L’industrie a souvent répété que le gaz de schiste est un carburant propre parce que, comparé au charbon, il génère seulement la moitié des émissions de gaz  a effet de serre.

Je resterai polie en disant qu’il s’agit là d’une demi-vérité. En dehors du fait que le méthane est un carburant fossile, et comme tel émet lui aussi des gaz à effet de serre, cet énoncé ne considère que les émissions résultant du brûlage du carburant. Il y a aussi des émissions provenant de l’énergie des carburants fossiles utilisée au moment du développement et de la commercialisation du gaz — le coût de transport de l’eau par camions et les déchets reliés à l’opération de l’équipement de forage et des compresseurs sans compter les fuites de méthane. « Finalement l’empreinte en gaz à effet de serre du gaz de schiste est probablement deux fois plus importante que l’émission provenant du brûlage du gaz et très probablement plusieurs fois superieure. « affirmait le Dr. Robert Howarth de l’Universite Cornell à l’American Protection Agency en septembre de cette année.

L’EPA a entrepris une étude d’une durée de deux ans sur l’extraction des gaz de schiste afin d’évaluer le niveau d’émissions de gaz de serre, l’impact sur la santé humaine et l’éventuelle contamination des aquifères. Cette étude ne sera pas prête avant mars 2012.

À titre de résidente de cette vallée, je veux savoir pourquoi nous n’attendons pas au moins les résultats de cette étude très sérieuse.

On a parlé de compensation monétaire pour tout dommage occasionné par l’exploitation du gaz de schiste. À quoi nous servira l’argent une fois que nous aurons perdu la beauté de notre vallée et la vie aquatique de la rivière et que la chaleur sera devenue intolérable pendant l’été?

Les carburants fossiles sont du passé. Ils sont à l’origine des changements climatiques et nous ne pouvons tout simplement plus nous les permettre — ni en termes de leur extraction ni pour le dommage environnemental qu’ils causent.

En faisant la promotion de ce projet autant le gouvernement que l’industrie ont affirmé catégoriquement que les besoins énergétiques de la planète seraient en forte croissance au cours des prochaines décennies. Quelqu’un a-t-il demandé pourquoi?

Pourquoi la croissance économique perpétuelle est-elle considérée comme une vache sacrée? Nous habitons une planète aux ressources limitées. Nous devons forcément trouver un cycle de vie durable, sinon c’est l’espèce humaine elle-même qui est menacée.

La croissance de la population mondiale est souvent la raison citée pour la croissance des besoins énergétiques. Bien, mais nous devrons en faire davantage pour réduire la pauvreté et assurer l’accès à l’éducation aux femmes. Voilà les deux éléments qui ont démontré qu’ils réduisaient le taux de natalité. Au lieu de quoi, l’industrie des carburants fossiles continue de creuser l’écart entre les nantis et les non-nantis en rendant un petit nombre de personnes très, très riches.

Le Québec est à la croisée des chemins : notre gouvernement doit rencontrer la société civile à mi-chemin et promouvoir plus énergiquement la conservation. Les Canadiens ont la septième plus grande empreinte écologique au monde dont la moitié est due à la consommation de carburants fossiles. N’est ce pas une honte?

Surtout quand l’on se rappelle que la population du Canada est moindre que celle de l’Italie et de la petite Algérie.

Au Québec nous partons d’une position enviable avec notre hydro-électricité. Même si l’hydro-électricité présente ses propres problèmes, elle nous permet une marge de manœuvre pour devenir des leaders en matière de technologies propres. Le Québec a toujours suivi sa propre voie.

S’il y a une nation pour montrer au monde comment prendre soin de son patrimoine, de cette superbe vallée et du fleuve Saint-Laurent, c’est bien la nôtre.

Une réponse à Le mémoire d’Ingrid Style

  1. Albert Bertrand says:

    Je suggère que la lettre de Mme Ingrid Style « RÉPLIQUE D’UNE CITOYENNE » soit publiée dans la tribune libre de Vigile où on trouve une série de trois articles sur la nouvelle conjoncture du schiste.

    http://www.vigile.net/-Tribune-libre-

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