La défense du paysage : L’opinion d’une experte

Madame Christiane Gagnon, PhD en aménagement, professeure titulaire à l’UQAC propose dans son mémoire au BAPE, le 2 novembre, une réflexion théorique, en absence des documents habituels du promoteur industriel et d’études scientifiques pertinentes à cette nouvelle industrie.  Nous avons retenu le chapitre sur le paysage, dimension que veut animer Le souffle court.  Voici cet extrait :

3.3 Le paysage

1. Le champ visuel et les ressources esthétiques des lieux.

L’implantation de sites industriels, tout en hauteur, en milieu rural et

en milieu urbain impacte sur le champ visuel et les ressources

esthétiques des lieux, qui bien que subjective, correspond à un

besoin jugé fondamental et constitue une ressource pour le

développement et la qualité de vie des lieux et communautés. Ils

sont ainsi définis : «Aesthetic impact occurs when there is a

detrimental effect on the perceived beauty of a place or structure.

Significant aesthetic impacts are those that may cause a

diminishment of the public enjoyment and appreciation of an

inventoried resource, or one that impairs the character or quality of

such a place» (NTC, 2009 : 15)3. L’appréciation ou non d’un

paysage peut conditionner les choix de localisation des ménages,

surtout en milieu rural et chez les néo-ruraux. De même, les impacts

visuels et esthétiques peuvent être particulièrement significatifs à

proximité des espaces protégés. La topographie, la végétation et la

distance de chaque milieu d’accueil doivent être pris en

considération pour chaque projet d’exploration et d’exploitation.

2. Le paysage urbain et rural. Le phénomène d’industrialisation d’un

lieu et paysage entraîne une expansion urbaine (boomcity) bien

documentée dans la littérature et de nombreux effets indirects :

moins de satisfactions par rapport à la qualité de vie, augmentation

de la demande pour des services médicaux, scolaires, commerciaux

et augmentation de l’insécurité associée ou non avec l’augmentation

de la criminalité.

3. L’organisation sociale et institutionnelle. Les changements

démographiques, associés à l’arrivée de nouveaux travailleurs pour

l’activité industrielle intensive, se traduisent par un accroissement

temporaire et/ou permanent de la population locale, dans la ville

centre et la région. Des modifications dans le type d’emploi et dans

la structure de l’emploi peuvent alors survenir : par exemple, dans

une petite ville centre, s’il y a accroissement des travailleurs

industriels masculins, cela impacte sur l’organisation sociale, incluant

la demande de services, etc. Le lobby industriel, par son rapport de

force/pouvoir, peut entraîner des modifications sociales,

organisationnelles, voire institutionnelles.

4. De même l’enjeu de la justice environnementale peut être en mis

cause. Il ne se limite pas à des questions de genre, d’âge mais

concerne les territoires. Si par exemple les petites municipalités n’ont

pas les ressources matérielles et humaines nécessaires à

l’établissement d’une négociation équitable entre l’industrie et la

communauté d’accueil, pour ne citer que les retombées

économiques et les équipements de sécurité, cela peut devenir un

enjeu territorial pertinent.

2 réponses à La défense du paysage : L’opinion d’une experte

  1. Raymond Gauthier says:

    Bonsoir monsieur Beaulieu,
    Peut-être serez-vous intéressé à mettre en ligne le mémoire que j’ai déposé au BAPE loin de chez-nous. Il s’intitule : Les choix énergétiques à privilégier au Québec
    à l’ère des alternatives durables et renouvelables. Il est actuellement accessible en ligne : http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/Gaz_de_schiste/documents/DM75.pdf
    Je ne pourrai pas aller le présenter en personne, bien sûr.
    2 autres mémoires ont été déposés par des collègues des Îles. Je pourrais éventuellement vous les transmettre en PDF. Le site du BAPE ne les affichera pas avant la fin des audiences.
    Merci de nous donner cette belle visibilité sur votre merveilleux site .
    La réciprocité via le site Coalition Saint-Laurent va se produire, j’en suis sûr, même si je n’ai aucun contrôle sur son élaboration. Les artisans sont débordés et n’arrivent pas à tout faire en même temps. Je leur transmets des infos mais, bon, ça prend du temps !
    Au plaisir,
    Raymond

  2. Raymond Gauthier says:

    Le message précédent n’aurait pas dû se trouver à cet endroit, mais c’est mon erreur.

    Oui, je voudrais réagir au texte de madame Christiane Gagnon que je viens de lire.
    Vous comprendrez que pour nous, aux Îles de la Madeleine, ce genre d’impact visuel dans le paysage rural prend des proportions inouïes. Je connais assez bien votre belle région de grande plaine enjolivée de ses montérégiennes sans pareilles. Je ne peux concevoir que les invasions barbares viennent massacrer vos paysages et, par le fait même, miner votre qualité de vie.

    Je sais ce que peut représenter un paysage dans nos vies, dans notre quotidien. Pour moi, un paysage naturel c’est sacré, mais un paysage habité l’est tout autant et ce sont les occupants qui devraient avoir la main haute sur la façon de le modeler, selon les règles locales justement élaborées pour et par les populations déjà installées. Pas par des envahisseurs qui ont en main des droits inhumains et injustes que leur procure l’aberrante Loi sur les mines, ayant préséance sur les orientations et règlements de l’aménagement et de l’urbanisme.

    Ici, aux Îles, nous sommes non seulement menacés par les projets d’exploitation extracôtiers, mais aussi par les ambitions cupides de la compagnie Gastem qui projette de venir forer sur notre territoire insulaire pour siphonner de façon conventionnelle le gaz naturel associé aux dômes de sel sur lesquels reposent nos îles. Imaginez les tours de forage ici et là dans le paysage, sans parler de l’installation d’une industrie lourde qui en découle (tout le tralala des gazoducs et des installations portuaires pour l’exportation) !!!

    Ce petit coin de terre d’évasion pour les visiteurs vient de perdre ses lettres de créance, les produits de la mer dont nous vivons et qui sont recherchés et appréciés viennent d’être suspects et décotés. Et nous autres là-dedans ? On n’a plus qu’à partir chercher refuge ailleurs !

    Par chez-vous ? En autant que l’industrie gazière, sous la pression populaire, aura plié bagage sur les Basses-Terres pour s’en venir par chez-nous. Souhaitons-nous que ce cauchemar n’arrivera ni chez-vous, ni chez-nous.

    Je vous invite, en passant, à joindre la Coalition Saint-Laurent : http://www.coalitionsaintlaurent.ca/

    Salutations cordiales et solidaires,
    Raymond Gauthier, aux Îles de la Madeleine

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